Armée, police et pompiers : nos forces de sécurité et de premier secours sous-équipées face au Coronavirus

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Entre manque de matériel de protection et faible soutien des autorités, les syndicats policiers ont déposé un préavis de grève. Un cri de colère appelé à faire tache d'huile ?

L'annonce est tombée mercredi : les syndicats policiers menacent de faire grève. Celle-ci pourrait voir le jour le 12 avril prochain et durer jusqu'à une semaine. Seule la prise de décisions adéquates pourra empêcher les forces de l'ordre de débrayer, assurent les représentants du personnel policier, soit le Syndicat national du personnel de police et de sécurité (SNPS), la CSC et le Syndicat Libre de la Fonction Publique (SLFP Police). Seule organisation syndicale non signataire, la CGSP explique partager les mêmes revendications. « On va peut-être même plus loin. On considère simplement qu'il n'est pas nécessaire de brandir aujourd'hui la menace du dépôt de préavis à ce stade. On ne veut également pas opposer les différents travailleurs sur le terrain, qu'ils soient policiers, infirmiers ou autres», explique Eddy Quaino, permanent police du syndicat socialiste. Quelles sont les griefs du personnel policier ? L'absence de reconnaissance et de considération de la part des autorités politiques et... le manque d'équipements de protection face au coronavirus sur le terrain.

Des policiers se feraient cracher dessus

Les syndicats policiers l'assurent : l'objectif principal n'est pas de lancer une grève en plein crise du coronavirus, mais d'obliger l'autorité fédérale à enfin tendre l'oreille à leurs cris d'alarme répétés ces dernières semaines. « Ce qu'on veut, c'est que l'autorité reconnaisse tout simplement que les policiers font partie d'un métier à risque, qu'ils doivent être prioritaires pour recevoir des moyens de protection. On a eu une vidéoconférence avec les représentants de la police fédérale et un médecin qui est venu nous dire que 'Non, les policiers ne sont pas un groupe à risque' », explique Thierry Bellin, secrétaire national du SNPS. «Cela a précipité notre préavis de grève. On s'est dit qu'on devait donc les contraindre de négocier. Le code du bien-être au travail est très clair : l'employeur doit fournir à ses employés les moyens de protection adéquats ». Et d'expliquer que les policiers courent chaque jour le risque de se faire cracher dessus. « On doit interpeller des gens qui toussent volontairement. Certains crachent d'ailleurs. On se trouve en présence de personnes dont on ne sait pas si elles sont malades puisqu’il n'y a pas eu de testing ».

Ne pas transmettre le virus

Du côté du SLFP Police, on insiste : les policiers ont plus peur de transmettre le virus que de l'attraper. Et réclament surtout dans l'immédiat de la reconnaissance, pas tout le stock de masques du pays. « Ce que nous dit le médecin mandaté par le politique , c'est 'Vous ne serez pas considérés comme un élément essentiel de la lutte contre le Covid-19 et dès lors vous ne serez pas équipés d'équipements particuliers. Or, on veut être considéré comme un élément important voir essentiel dans cette lutte. Et qu'on soit dûment équipé », explique son président national Vincent Gilles. « Il faut donc qu'il y ait dans un deuxième temps une discussion sur le timing de cet équipement, puisqu'on se rend bien compte qu'il y a un problème de fourniture et que tout le monde ne peut pas être équipé en même temps. Mais notre principale préoccupation, en ayant ce matériel, c’est de ne pas transmettre le virus. On cherche à éviter en priorité d'être des vecteurs. Pour les policiers, le grand tracas, c'est de ne pas être un transmetteur ».

Les masques en tissu des pompiers

Du côté des hommes du feu, on déplore tout autant le manque d'équipements de protection adéquats. Pas plus tard que ce jeudi, le président du SLFP pompiers, Eric Labourdette, a lui-même fait le déplacement chez un particulier qui proposait une caisse de matériel. « Il s'agissait d'une dizaine de salopettes de protection jetables qu'on utilise quand on procède à la désinfection des véhicules. Vous voyez jusqu'où on va ? Je veux bien, mais on va où dans un pays où le service public doit mendier auprès de la population pour son matériel de travail ? Je soutiens les policiers dans leur démarche à 200%, voire 300%, car on est dans la même merde. Il faut quand même savoir que dans certaines casernes de pompiers, on fabrique ses propres masques en tissu ». Celui rappelle que les pompiers s'avèrent particulièrement exposés avec leur fonction d'ambulancier. « Qui interviennent vraiment en première ligne ? Les sapeur-pompiers ambulanciers ! Nous, on charge les patients et on les amène à l'hôpital. Et on manque de tout quand même, comme les policiers ».

Des soldats moins exposés

Le coronavirus s'avère évidemment une préoccupation importante au niveau militaire. L’immobilisation du porte-avions nucléaire américain USS Theodore Roosevelt, causée par la contamination galopante au sein de son personnel s'avère un des exemples les plus récents. Les syndicats militaires belges n'adoptent toutefois pas le même ton que leurs homologues pompiers ou policiers. Pour la simple et bonne raison que le personnel n'est pas autant confronté au jour le jour à des contacts rapprochés avec le reste de la population. «On est beaucoup moins exposé, car on n'a pas de contacts directs avec la population. La nature de nos missions est quand même un peu différente. Même les soldats qui font des patrouilles en rue ne doivent pas a priori faire de contrôles. Pour les personnes actuellement à l'étranger, il y a aussi certains endroits où ils trouvent qui sont moins contaminés. Et on vit aussi dans une communauté où pas mal de mesures de prévention ont été mises en place», explique Yves Huwart, du ACMP-CGPM .

La fin du chacun chez soi

La Belgique compte pas moins de 189 zones de police locale. Autant de petites portions de territoire où les chefs de corps prennent souvent des décisions différentes quant aux mesures de protection. Un désordre très belgo-belge auquel le ministre de l'Intérieur Pieter De Crem (CD&V) veut mettre fin avec la mise en place d'un groupe de travail. L'idée : veiller à ce que les services de police appliquent de la même manière les règles liée au Covid-19. « La crise implique une politique nationale approfondie et cohérente, qui doit être traduite de la même façon à tous les étages.La task force doit faire en sorte qu'au sein de la police intégrée, une approche uniforme des règles soit de mise. Ses directives sont contraignantes. Cela suppose une application rigoureuse et sans nuance de celles-ci à tous les étages de la police intégrée", a expliqué jeudi son cabinet.

Le début d'une concertation ?

Le préavis de grève a pour conséquence le lancement de négociations ce vendredi à 9h30, entre les syndicats, y compris la CGSP, et le ministre ou ses représentants. La marge de manœuvre du ministre socio-chrétien semble en tout cas déjà réduite. « La santé et les conditions de travail de nos policiers sont très importantes pour nous. Donc, on va regarder ensemble avec la police et le syndicats les différentes possibilités de cette concertation. Je ne vais cependant pas m'avancer sur son contenu », explique son porte-parole Erik Eenaerts. Deux seules certitudes à l'heure actuelle: cette négociation se fera en vidéoconférence et... sous la pression croissante du personnel policier.

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