« Nous sommes de la chair à canon »

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Entre le manque de matériel et l’absence de tests généralisés dans les maisons de repos, les travailleurs du secteur, en première ligne face au virus, sont inquiets.

 

« Chaque jour, on doit choisir entre se protéger, protéger nos proches, ou remplir notre mission de soin. C’est un véritable sacrifice qui nous est demandé ». Wojciech Kacprzycki, permanent syndical à la CNE n’a pas peur des mots : pour lui, le personnel des maisons de repos est tout simplement « de la chair à canon » en première ligne face à la pandémie de Covid-19. Il faut dire que les séniories se révèlent être des terrains propices à la propagation du virus. Selon le député Georges Dallemagne (cdH), un tiers des patients décédés en Wallonie résidaient en maison de repos. Des lieux où le Covid-19 circule donc abondamment, et où il est quasi impossible de respecter toutes les mesures de distanciation sociales ; nul besoin d’un dessin pour comprendre que s’occuper de la toilette d’un résident et l’habiller ne peut se faire à la distance réglementaire de 1,5 mètre.

Dans ces circonstances, l’idéal serait de tester massivement tant les résidents que les travailleurs des homes, pour déterminer les patients qui doivent être isolés et les membres du personnel plus aptes au travail. Un testing qui pour l’instant, fait défaut. « Le personnel soignant a été considéré comme prioritaire pour être testé ; pourtant nous, les travailleurs des maisons de repos, n’avons droit au test que si on présente une insuffisance respiratoire sévère. Nous sommes le personnel oublié des soins de santé », juge Wojciech Kacprzycki.

Conditions de travail dégradées

Comme partout ailleurs, le secteur doit composer avec la pénurie de matériel de protection. « Jusqu’ici on manquait de masques, raconte cette directrice de maison de repos, qui a requis l’anonymat. Maintenant, ça va mieux, j’attends encore une livraison pour demain. Des masques chirurgicaux, pas des FFP2 évidemment. Ceux-là, on n’en a pas. Ce qui manque pour l’instant beaucoup, ce sont des blouses et des housses de protection ». Le matériel est une denrée rare, à économiser et à surveiller. « On fait très attention à ne pas gaspiller. Chaque matin, l’infirmière en cheffe distribue les masques et les gants. Tout est stocké dans une armoire fermée à clé. Sans ça, vous imaginez bien que dans la situation actuelle, une boîte de gants jetables, ça disparait en cinq minutes ».

En l’absence de tests et en pénurie de matériel, les conditions de travail dans les maisons de repos sont loin d’être optimales. D’autant qu’entre ceux qui ont peur de venir travailler et ceux qui sont malades, l’absentéisme explose. « Chez nous, plus d’un tiers du personnel est absent. Tous les jours en arrivant, je me demande comment je vais faire si ça continue » explique notre directrice. Avec pour conséquence mécanique, une charge de travail alourdie pour ceux qui sont encore présents. « Dans certaines maisons de repos, les résidents sautent des repas, affirme Wojciech Kacprzycki. Quand vous êtes trois et que vous devez courir pour nourrir 30, 40 résidents, qui parfois nécessitent de l’aide pour manger, parfois vous n’y arrivez tout simplement pas, et le plateau repas termine à la poubelle. »

Plus de tests

Dès le 17 mars dernier, le secteur des maisons de repos a alerté les Régions et a demandé d’être, à l’instar des hôpitaux par exemple, prioritaire pour le matériel de protection ou pour le dépistage. Deux semaines après, la Fédération des CPAS de Bruxelles et la Fédération des Maisons de Repos ont dénoncé dans un communiqué le manque d’avancées. Des fonds ont bien été débloqués à l’échelle des Régions, mais ils sont insuffisants, juge le secteur, toujours en manque de masques FFP2, de gants, tabliers, etc. 

Un secteur qui réclame également un testing à grande échelle. Le ministre fédéral en charge du dossier, le libéral Philippe De Backer a indiqué qu’un testing massif (plus de 20.000 tests) débutera à la fin de la semaine dans les maisons de repos. Un bon début, mais qui risque de ne pas être suffisant : il est pour l'heure question de tester que les résidents. Aucune mention des travailleurs. Ce qui n’est pas pour rassurer Wojciech Kacprzycki, qui alerte : « J’ai bien peur que les maisons de repos vont encore alimenter les statistiques de mortalité ».

 

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