Le marché du pétrole contaminé par le Covid-19

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La pandémie du coronavirus associée à la guerre des prix entamée par la Russie et l’Arabie Saoudite plongent le secteur pétrolier dans la tourmente. Est-ce une opportunité pour le climat? 

La crise sanitaire actuelle affecte quasi tous les marchés de l’énergie, « mais l’impact sur les marchés pétroliers est particulièrement sévère », déclarait début mars Fatih Birol, le directeur de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE). Alors que les avions sont cloués au sol et que les autoroutes sont vides, le secteur pétrolier connaît une crise sans précédent. L'effondrement brutal de la demande liée au coronavirus a fait chuter mardi le prix du baril de Brent sous les 23 dollars, son plus bas niveau depuis novembre 2002. Malgré cette dégringolade des besoins, l'offre ne faiblit pas, dans un contexte de guerre des prix entre la Russie et l'Arabie saoudite. Une mauvaise équation qui laisse le marché du pétrole se noyer dans sa propre production.

Le stockage, un problème urgent

Face à cette situation, les analystes tirent la sonnette d’alarme. La surabondance d'approvisionnement pourrait être telle que le monde manquera bientôt de place pour stocker tous les barils de pétrole inutiles. « Le marché commence à signaler que non seulement il n'y a pas de demande pour ce brut, mais qu'en plus il n'y aurait aucun lieu pour l'accueillir », alerte auprès de CNN Jeff Wyll, analyste de l'énergie chez Neuberger Berman, société de gestion de portefeuille.

Pour tenter de résoudre ce problème de stockage de leurs hydrocarbures, certains producteurs font appel à des navires. Mais cette option ne suffirait pas à absorber le surplus total.

Et après la crise ?

L’avenir de l’or noir est incertain. Face à cette situation, certains analystes, audacieux, y voient un véritable point de rupture. Avant la crise, le secteur pétrolier était déjà sous la pression d'investisseurs préoccupés par la crise climatique et la réglementation croissante des gouvernements pour réduire les émissions. Avec le Covid-19, le directeur de l’AIE Fatih Barol espère que les gouvernements utiliseront la situation actuelle pour intensifier leurs ambitions climatiques et lancer des plans de relance durables axés sur les technologies énergétiques propres. « La crise du coronavirus fait déjà des dégâts importants dans le monde. Plutôt que d'aggraver la tragédie en lui permettant d'entraver les transitions énergétiques propres, nous devons saisir l'opportunité d'aider à les accélérer. »

Pour d’autres, plus réalistes ou pessimistes, c’est selon, l'industrie des combustibles fossiles rebondira, comme elle l'a toujours fait. « Une fois que le confinement sera levé, le monde va reprendre ses marques, en fonction du passé », prédit Philippe Charlez, expert en questions énergétiques à l’Institut Sapiens. Les avions vont finir par redécoller et les camions vont reprendre la route. « Cette crise pourrait rebattre les cartes au sein de l’industrie pétrolière, mais cela ne va pas la tuer », poursuit-il, rappelant que le secteur représente le tiers de la consommation d’énergie mondiale. 

Pire encore, vu l’augmentation en cours des endettements des différents États, « la transition énergétique et tout ce qui était envisagé risquent de passer à la trappe », affirme l’auteur de Croissance, énergie, climat. Dépasser la quadrature du cercle. Les plans de relance économique de certains pays, comme les Etats-Unis (2.000 milliards de dollars), vont en tout cas dans ce sens. Pour Philippe Charlez, le séisme à venir sera surtout « une occasion de rendre moins passionnelle et plus rationnelle la transition énergétique en écoutant davantage la parole scientifique, comme les politiques et les citoyens l’ont fait vis-à-vis du corps médical durant la pandémie ». D’autres rétorqueront sans doute que c’est notre dépendance au pétrole qui relève du passionnel, voire de l’irrationnel.

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