Coronavirus : les États-Unis en pleine tempête

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Selon l'OMS, le pays pourrait devenir le nouvel épicentre de la pandémie. Donald Trump, qui a longtemps sous-estimé l’ampleur de la crise, a tardé à prendre des mesures.

Un organisme de la taille de quelques dizaines de nanomètres seulement serait-il capable de faire faire vaciller la première puissance mondiale ? Il y a de plus en plus lieu de le croire, à mesure que la pandémie de coronavirus progresse aux États-Unis. Sur les dernières 24h, 884 personnes y ont succombé au Covid-19, un record pour le pays. Avec plus de 215.000 cas de contamination et plus de 5.000 décès pour le moment, la propagation du virus est telle que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a jugé que les États-Unis pourraient bientôt être le nouvel épicentre mondial de la pandémie. Les prévisions les plus optimistes tablent au final sur un bilan de 100 à 200.000 morts ; les plus pessimistes elles, projettent plus de 2 millions de morts, sur une population de 327 millions d’américains.

Si on n’en est pas encore là, la situation s’annonce d’ores et déjà inquiétante : les hôpitaux de New York, l’État le plus touché, saturent déjà et font face à des pénuries de matériel. Même chose en Louisiane, notamment, où le gouverneur a annoncé ce week-end que les services de santé risquaient de déborder. « Nous allons avoir deux semaines très douloureuses, très très douloureuses » a admis Donald Trump, qualifiant le virus de « vicieux ».

« Chevaucher l’épidémie comme un cow-boy »

Si le Président des États-Unis a finalement semblé prendre la mesure de la situation, en annonçant la semaine passée un plan de relance de 2.000 milliards de dollars, le moins que le puisse dire c’est qu’il a pris tout son temps. Il y a quelques semaines encore, Trump voyait en effet son pays « chevaucher l’épidémie comme un cow-boy. » Depuis le 3 janvier et le tout début de l’épidémie, apparue sur un marché de Wuhan (centre de la Chine), les autorités sanitaires américaines ont pourtant été averties par leurs homologues chinois de la dangerosité du Covid-19. Pourtant le Président claironne à tout bout de champ : il ne faut pas s’inquiéter d’une future pandémie, « il n’y a qu’une seule personne [infectée] venue de Chine. Tout est sous contrôle ».

Un mois plus tard, fin février, tout va toujours très bien, à entendre le président : « les gens vont mieux, nous allons tous mieux » et « dans quelques jours, nous serons redescendus à zéro [patient] », prophétise-t-il. Alors que le virus a déjà fait plus de mille morts en Chine et que l’Italie, touchée, réfléchit à passer en quarantaine généralisée, la vie des américains continue comme si de rien n’était : les aéroports sont bondés, le carnaval de Mardi Gras à la Nouvelle-Orléans est maintenu, le spring break estudiantin sur les plages de Floride bat son plein.

Lent à la détente

Face à la situation qui s’aggrave partout sur la planète, Trump se résout petit à petit à changer de braquet. Des restrictions d’accès au territoire américain sont mises en place ; des mesures de distanciation sociales sont adoptées. Celles-ci ne valent apparemment pas pour le 45ème occupant du bureau ovale : juste après une conférence de presse, où il venait de rappeler les mesures d’hygiène de base à respecter, Trump s’empresse de serrer la main de plusieurs personnes présentes à la conférence.

Le président opère ensuite un de ses virages à 180° dont il est coutumier : il déclare qu’il a toujours su que le monde faisait face à une pandémie, en dépit de toutes ses déclarations antérieures.

Pour autant, il y a lieu de rester optimiste, le virus devant évidemment disparaître « avec les premières chaleurs d’avril », ce qui permettrait de « retourner au travail, beaucoup plus tôt que les gens ne le pensent. J’adorerais rouvrir d’ici Pâques et voir des églises pleines à craquer dans tout le pays » (23 mars). Une semaine après, nouvelle marche arrière : le confinement est maintenu jusqu’au 30 avril, le pic probable de l’épidémie étant justement attendu pour le week-end pascal.

Des millions d’américains sur le carreau ?

À ces tergiversations incessantes, qui n’ont pas aidé à aborder la crise de la meilleure des manières, s’ajoutent des inquiétudes pour la suite. Des inquiétudes d’autant plus grandes que l’organisation du système américain de soins de santé fait craindre la catastrophe. Près de 10% de la population n’a pas ou plus (en devenant chômeurs suite à la crise) d’assurance santé, soit 30 millions de personnes. Quand on sait que même couverts par une assurance, un assuré peut être amené à payer de fortes sommes pour un séjour à l’hôpital, le risque est grand que de nombreux américains renoncent à se soigner et à se manifester en cas de symptômes Covid-19.

Par ailleurs, comme le rappelait Joseph Stiglitz, titulaire de l’équivalent du prix Nobel d’économie à Project Syndicate, relayé par L’Echo, « Il ne faut pas sous-estimer le nombre d'Américains vulnérables. Sous la présidence de Trump, quelques 37 millions d'entre eux ne mangent pas toujours à leur faim, tandis que la morbidité et la mortalité augmentent dans le pays. » De quoi, peut-être, augurer d’un emballement encore plus grand de l’épidémie aux USA.

La réélection en ligne de mire ?

On le dit obsédé par sa réélection en novembre 2020 : et si c’était la perspective de rempiler pour quatre ans de plus à la Maison Blanche qui avait poussé Donald Trump à ne pas voir dans un premier temps l’ampleur de la crise ? Traditionnellement, la présidentielle se joue notamment sur l’état de l’économie intérieure. Le président a-t-il été réticent à imposer des mesures de confinement qui, par nature, ralentissent ou arrêtent le gros de l’activité économique ? Un tweet du 23 mars pourrait le laisser penser : « Nous ne pouvons laisser le remède être pire que le problème lui-même. Il faut aplatir la courbe (des contaminations), PAS l'économie », écrivait-il. Quoi qu’il en soit, sa réélection pourrait bien dépendre de l’issue de la crise. À la mi-mars, un sondage révélait que 55% des Américains approuvaient sa gestion de la crise. Une semaine plus tard, ils n’étaient plus que 43%.

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