Jean-Michel Javaux : “Je ne voulais pas déranger l’hôpital mais ça n’allait plus”

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L’ancien président d’Écolo Jean-Michel Javaux est atteint par le coronavirus. Il raconte sa descente aux enfers qui le place aujourd’hui encore en quarantaine, avec sa femme et ses enfants, et dans un état d’immense fatigue. Ni lui, ni personne n’est à l’abri.

Sa voix est faible et voilée. Il respire encore mal. Le 15 mars, ce joueur de foot amateur était encore en pleine forme. Il décidait, comme bourgmestre d’Amay, de fermer le hall omnisports, entre autres. C’était 24 heures avant les décisions du gouvernement. Il était très conscient des dangers de la pandémie.  Et puis, sont apparus les symptômes. Une grosse barre dans la tête, de la température entre 37,5 et 38,2 degrés, une toux qui gratte et un essoufflement inquiétant. Son épouse présente alors les mêmes signes au même moment. “ Elle est infirmière. Elle n’est plus sortie. On pensait à une grippe ”. Pendant toute la semaine, de chez lui, Jean-Michel Javaux continue alors à piloter sa commune. “ Les symptômes allaient et venaient. Mais on ne dormait plus. ” Le samedi soir, la fièvre repart à la hausse. “ Après trois marches d’escaliers, j’étais laminé. On a fini par téléphoner aux urgences. Je ne voulais pas déranger pour ne pas prendre la place de quelqu’un qui en avait plus besoin. Mais ça n’allait plus ”.

Il annonce alors sur son mur Facebook son hospitalisation, officiellement pour “ pneumonie virale ”. Les tests qui suivront confirmeront que lui et sa femme sont touchés par le COVID19. Jean-Michel Javaux va alors passer quatre jours à l’hôpital. Un de ses poumons était en mauvais état. Il est placé en observation mais pas sous respirateur. Sans livres, sans rien. On ne peut amener à l’hôpital que ce qui peut être lavé. “ Donc tu regardes la télévision qui ne parle que de coronavirus ”. Le personnel soignant doit s’équiper chaque fois qu’il rentre dans la chambre. “ Je n’osais pas les appeler. C’est une telle dose de stress pour eux ce qu’ils font. Ils travaillent avec la peur de ramener le virus dans leur famille. Le manque d’équipements est un stress absolu pour eux ”.

"On ne mange plus avec nos enfants"

 Dès que j’ai pu, j’ai libéré le lit pour des cas beaucoup plus graves. Et puis, comme mon amoureuse est infirmière, on a des appareils à la maison pour l’oxygène et la tension ”. Depuis lors, il dort entre 12 et 14 heures. “ On n’est pas encore guéris. On est encore très essoufflés. Mais mon stress, c’est de ne faire courir de risque à personne d’autre ”. La vie s’organise entre quatre murs sans contact physique avec l’extérieur et avec des enfants qui ne sont pas atteints. Les précautions sont nombreuses. Ils mangent chacun de leur côté et ne partagent pas la télécommande de la télévision, par exemple.

“ Personne n’est à l’abri mais on a un système de soins de santé extraordinaire. On redécouvre des métiers essentiels et il y a énormément de solidarités ”, se réjouit doucement Jean-Michel Javaux.

 On ne sait pas où on l’a attrapé. Je n’ai jamais fumé et je fais du sport. Oui, on a peur pour sa vie. C’est un virus qu’on ne connaît pas bien. Il évolue différemment dans chaque corps. Chaque fois que je fermais les yeux le soir, je ne savais pas comment j’allais passer la nuit. ” Il marque un temps d’arrêt, respire. “Le temps viendra aussi pour mener une énorme réflexion sur les stocks d’équipement pour le personnel soignant ”. La gestion politique reviendra dans sa vie mais l’heure est encore à la quarantaine pour lui et toute sa famille. “ Je pense hélas que dans les prochains jours, il y aura encore de mauvaises nouvelles. Tout le monde va être touché dans son entourage. ”

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