La grève chez Delhaize: un risque d’effet boule de neige

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Les syndicats et les travailleurs se plaignent du manque de coopération de l’enseigne de supermarchés. Face à l’impasse des négociations, plusieurs magasins ont fermé leurs portes. La question est de savoir si le phénomène va faire tache d’huile ou s’arrêter brusquement.

Voilà un mouvement qui va faire parler de lui en cette période de confinement. Alors que les supermarchés sont parmi les seuls lieux qui restent encore ouverts au public, ceux de Delhaize commencent à être frappés par des grèves. Après trois magasins de la région bruxelloise, c’est un site de Namur qui a rejoint le mouvement ce mercredi. Ce début de contestation fait craindre que tous les sites de Delhaize soient touchés, voire que d’autres enseignes soient affectées selon les plus pessimistes.

La crise sanitaire, élément fondamental de la grève

L’avenir de ce mouvement de grève dépendra des négociations que se déroulent à l’instant. Or les problèmes sont nombreux, et le confinement n’y est pas pour rien. « Sans la crise du coronavirus, on n’en serait pas là, même si le terrain était fertile pour que le mécontentement surgisse », selon Delphine Latawiec, responsable commerce de la CNE. Le climat anxiogène dû à la crise sanitaire engendre une dégradation des conditions de travail des employés de Delhaize. « Dans les magasins, l’ambiance est extrêmement tendue parce que les mesures de sécurité ne sont pas toujours bonnes partout. Il y a l’agressivité de certains clients et un stress très important. Le taux d’absentéisme est grand et on demande toujours plus aux employés. Le moindre accroc est comme une étincelle dans du foin bien sec », explique Myriam Delmée, présidente du Setca.

Pour des raisons diverses, que ce soit à cause de maladies ou autres, le taux d’absentéisme est particulièrement élevé ces jours-ci. Cela va de 15% à 40% dans certains magasins. La pression est d’autant plus importante sur les employés qui restent que les étudiants et les intérimaires qui les remplacent n’ont pas le savoir-faire des travailleurs habituels, d’où une surcharge de travail.

À tout cela, il faut ajouter le manque chez Delhaize de protections de santé considérées comme suffisantes par les travailleurs (gants, masques, plexiglas…). « Il y a un débat sur l’utilité pour les travailleurs d’avoir ou pas un masque. Mais dans la situation présente, si le port d’un masque donne un sentiment de sécurité au travailleur et d’avoir du confort au travail, pourquoi pas ? L’important est qu’ils ressentent suffisamment de bien-être pour pouvoir continuer à bien travailler, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. D’autre part, pourquoi ne pas généraliser les gardes dans tous les magasins pour faire respecter la distance sociale ? Tout cela manque ».

Des concessions qui ne répondent pas aux attentes

Mais les négociations ne dépendent pas seulement des conditions sanitaires, loin de là. Les travailleurs veulent des jours de congé et en ont obtenu cinq supplémentaires de Delhaize, ce que Myriam Delmée juge être « appréciable ». Ce qui crée plus de tensions, c’est que la hausse négociée du pouvoir d’achat se traduit en chèques-repas et en bons d’achat chez Delhaize, alors que les travailleurs veulent plutôt une hausse de salaire pour payer leurs loyers, etc.

Myriam Delmée est aussi sévère envers Georges-Louis Bouchez, qui voudrait une défiscalisation des heures supplémentaires, et Alexander De Croo, qui propose des primes exonérées de toute fiscalité. Pour le premier, elle juge qu’il « devrait savoir qu’il n’y a pas beaucoup d’heures supplémentaires dans le commerce parce qu’il y a beaucoup de temps partiels », jugement partagé par sa collègue de la CNE qui juge la proposition « ridicule ». Concernant Alexander De Croo, Myriam Delmée craint que « l’on ne vide les caisses de l’État sans savoir comment les remplir, et donc faire plus payer le travailleur par après ».

Quant à la suite du mouvement, des conférences de négociations ont lieu ce mercredi après-midi pour essayer de trouver une solution au conflit. « Le mouvement de grève peut évoluer comme il peut reculer, on ne sait pas. On est en plein processus », confie Myriam Delmée. Delphine Latawiec, elle, est plus pressante : « Je crains des actions et la situation peut se dégrader très vite dans les jours qui viennent. Le climat est compliqué et ce mouvement pourrait s’étendre à Carrefour, où les négociations sont aussi compliquées. J’espère que l’enseigne va prendre conscience de ce qui se passe chez Delhaize pour réagir à temps ».

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