Les pompes funèbres face au Covid-19: « On ne fait plus le même métier »

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Face à la crise sanitaire liée au coronavirus, les funérariums doivent s’adapter, au détriment d’un élément essentiel pour accompagner les proches des défunts lors de ce dernier hommage: le contact humain.  

Tout est chamboulé.” Ces mots résonnent en chacun de nous à l’heure où la crise sanitaire actuelle demande à certains de respecter le confinement, à d’autres de s’exposer pour sauver des vies et en nourrir d’autres. Dans la bouche de Jean Geeurickx, président de la Fédération wallonne des entrepreneurs de pompes funèbres, ils évoquent celles et ceux qui s’exposent pour enterrer nos morts, à savoir le secteur funéraire que l’on omet souvent.

Nous sommes les oubliés dans cette histoire”, dénonce le président de l’association. Son métier est considéré comme un domaine essentiel, mais les moyens ne sont pas mis à leur disposition pour assurer la sécurité de leur personnel et celle des proches des défunts. “Nous avons besoin d’équipement. Les masques posent énormément de problèmes”, pointe Jean Geeurickx. Comme les souliers ou les salopettes, ils doivent être jetés après chaque utilisation. “On commence à en manquer. Ceux qui en ont les vendent à un prix de fou. C’est honteux. On a dû commander des masques chirurgicaux. Normalement ça coûte 0,75€, on les a payés 2,40€. C’est l’horreur, mais on est obligés. On ne peut pas mettre en danger nos ouvriers, il vaut mieux payer et en avoir.

Cercle restreint

En première ligne dans la lutte contre la pandémie, les pompes funèbres ont dû adapter leur façon de travailler. En raison du manque de tests de dépistage, tous les défunts sont traités comme s’ils étaient porteurs du virus. Ce qui ne facilite pas la tâche des employés. Les corps sont ensuite transférés dans les funérariums où, là aussi, les règles appliquées sont très strictes. Les hommages se font dorénavant uniquement sur rendez-vous, pendant une heure. Cinq personnes maximum peuvent y participer simultanément, pour autant que les lieux permettent de conserver la distance de sécurité de 1m50. Pour les grandes familles, cette condition est plus difficile à accepter. S’ils sont plus de cinq, ils devront se partager cette heure de recueillement.

Distanciation sociale oblige, les gestes d’affection et de soutien se limitent également à des signes de tête et des mains sur le coeur. Interdites dans les églises et autres lieux confinés, les cérémonies se passent en plein air, en cercle restreint, avec un maximum de 15 personnes présentes. “Généralement, les gens sont très coopérants”, reconnaît Jean Geeurickx. Ces consignes sont valables dans toute la Wallonie. “Riche, pauvre, connu, pas connu, tout le monde est mis sur un même pied d’égalité.

Métier appauvri

Parmi le personnel, beaucoup ont peur. “Je comprends leur crainte et celle de leurs proches, mais nous devons continuer à travailler”, souligne le président de la Fédération wallonne des entrepreneurs de pompes funèbres, regrettant la mise au chômage de leurs stagiaires. “Personnellement, je trouve cela dommage parce c’est à ce moment-ci qu’on a besoin de main-d’œuvre. Les jeunes sont moins vulnérables que les personnes plus âgées. Si nos porteurs deviennent malades, que va-t-on faire ?” interroge celui qui est favorable aux flexijobs.

Sans le contact humain, IKEA pourrait très bien faire notre métier.

Bien qu’elle soit nécessaire, Jean Geeurickx regrette la transformation de son métier. “Contacter les familles par téléphone, ce n’est pas la même chose, c’est distant. On ne vit plus le même contact. Notre métier est un peu appauvri au niveau humain”, confie-t-il, avant de rappeler le rôle des pompes funèbres: “Nous jouons un rôle d’interface entre les familles et les formalités qui découlent d’un décès”. S’ils perdent totalement ce contact humain - ce qui n’est pas le cas aujourd’hui -, “IKEA pourrait très bien faire notre métier. On vend un cercueil, on vient le chercher et c’est tout”, affirme le représentant de celles et ceux qui offrent avant tout un service d’accompagnement dans cette douloureuse épreuve. “Aujourd’hui, on ne fait plus le même métier, et c’est lamentable”, regrette Jean Geeurickx qui, bien qu’optimiste, a peur de connaître la même situation qu’en Italie et devenir de “simples bagagistes”.

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