Un patient sorti de l’hôpital: « J’ai vécu entre ciel et terre pendant 24 heures »

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1.696 patients sont sortis de l’hôpital et ont été déclarés guéris depuis le 15 mars. Guy Lefevre est l’un d’entre eux. Témoignage. 

"Je suis encore petit peu essoufflé, fatigué surtout. Mais je vais bien. Chaque jour ça va un peu mieux." L’état de Guy Lefevre est rassurant. Il n’aurait pas pu en dire autant il y a deux semaines. Testé positif au Covid-19, ce médecin généraliste a passé sept jours à l’hôpital Chirec à Braine-L’Alleud. "Lundi 16 mars vers 15h30, lors d’une réunion, j’ai commencé à frissonner, j’avais mal partout, j’ai fait 40-41° de fièvre. J’étais complètement dans le gaz, hors de la réalité", explique celui qui ne présentait pourtant aucun symptôme plutôt dans la journée. Tout s’est passé ensuite très vite.

L’homme de 63 ans est resté aux soins intensifs du lundi soir au jeudi midi, avant de monter en chambre jusqu’à sa sortie le lundi 23 mars. "J’ai vécu entre ciel et terre pendant les premières 24 heures. Mes paramètres n’étaient pas excellents, ils ont téléphoné à mon épouse vers 23h le lundi. Puis mon état s’est stabilisé", rassure ce père de trois enfants. "Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur longtemps, parce que j’étais dans une sorte de coma. Quand je suis monté des soins intensifs, quand j’ai vu l’herbe et les arbres au travers de la fenêtre, j’étais déjà hyper heureux. C’était un petit bonheur, alors que je n’étais même pas dehors. La première fois que j’ai foulé une pelouse, celle de mon jardin, sans mettre personne en danger, ça a été un plaisir. C’était comme si je me trouvais à Caracas. C’est à ce moment-là qu’on se rend compte des petites choses de la vie qui sont vraiment importantes, à côté desquelles on trouve normal de passer sans y jeter un regard."

Je n’ai jamais autant apprécié une fenêtre, même si celle-ci ne s’ouvrait pas.

En première ligne, Guy Lefevre avait de grandes chances de contracter "cette crasse". Il le savait. Pour renforcer son système immunitaire, le médecin généraliste prenait des antioxydants et des probiotiques. "Je me disais depuis février que, franchement, pour passer aux travers des mailles du filet, il allait me falloir beaucoup de chances", explique celui qui exerce à Braine-L’Alleud depuis plus de 30 ans.

"Une belle leçon"

Isolé et sans visite, le temps lui a paru extrêmement long dans cette chambre. Pour tromper l’ennui et avoir des nouvelles de ses proches, ce responsable coordination médicale de trois homes restait "scotché" à son téléphone portable. Son passage à l’hôpital lui a permis de confirmer son admiration déjà sans limite pour le personnel soignant. "Je crois qu’ils tiraient à la courte paille avant de rentrer dans ma chambre. Et je les en remercie. Ils ont un courage fou, des confrères aux infirmiers, en passant par les techniciens de surface. Tous les échelons sont importants. Si l’un saute, tout le reste s’écroule", rappelle le médecin qui applaudit tous les autres secteurs "qui permettent à la machine de tourner un minimum".  

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© BELGA IMAGE / Kenzo TRIBOUILLARD

De cette expérience, Guy Lefevre en retire une "belle leçon". "Je n’ai jamais autant apprécié une fenêtre, même si celle-ci ne s’ouvrait pas. Je préférais voir un paysage plutôt qu’une cave. On apprend à relativiser, à être moins exigeants et à se satisfaire des choses simples."

Le devoir de soigner avant tout

Placé en confinement à domicile jusqu’à ce mardi soir, le soixantenaire ne sait pas s’il est encore porteur du virus. Sans test à la sortie en raison d'un manque de réactifs, ses enfants le considèrent comme "un pestiféré potentiel", plaisante-t-il. "Les infectiologues m’ont dit que, tant que je portais un masque, il n’y avait pas de problème", rassure-t-il, même s’il redouble de vigilance pour protéger sa famille.

De chez lui, le médecin rétabli reste au service de ses patients et essaie comme il peut d’aider ses confrères débordés. "Je fais des ordonnances à distance." La première chose qu’il fera après son confinement ? Travailler. En attendant, il conseille à tout le monde de se prémédiquer avec des probiotiques tous les jours et un antioxydant "tel que la vitamine C fortement dosée ou du quatral". "Quand on ne sait pas d’où vient le virus, il faut bien stimuler le futur hôte, à savoir le futur malade. C’est comme ça que je me considérais", confie-t-il.

Aujourd’hui, Guy Lefevre est "serein" et "combatif". Celui qui a repris du poil de la bête a totalement confiance pour la suite. "Il faut toujours être optimiste." Une fois la crise derrière nous, le médecin espère qu'on en aura tiré quelques leçons. "Il faut qu’on garde de bonnes habitudes, celles d’une meilleure hygiène, du respect de l’environnement et du respect des autres."

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