La Chine nous a-t-elle menti?

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Le coronavirus n’a-t-il réellement fait “que” 3.300 morts en Chine ? Les doutes s’accumulent. Décryptage d’un pouvoir autoritaire qui s’est imposé à l’échelle planétaire.

Des doutes de plus en plus sérieux planent sur la véracité des informations délivrées par la Chine quant au nombre de morts dus au coronavirus. Avec la levée progressive du confinement, les habitants se sont pressés dans les funérariums. Les files y étaient interminables. Pour essayer d’avoir accès aux vrais chiffres, le journal Bloomberg a tenté de joindre huit funérariums de la ville de Wuhan. Six d’entre eux ont répondu qu’ils n’avaient pas de données chiffrées sur les urnes ou qu’ils n’étaient pas autorisés à divulguer les chiffres. Les deux derniers n’ont pas donné suite à leurs appels.

Informations troublantes

De nombreux spécialistes ne cachent pas leur scepticisme face aux statistiques officielles du coronavirus en Chine, alors que les hôpitaux semblaient débordés quand la crise était à son pic. Certains n’ont également pas oublié qu’au début de l’épidémie, le pouvoir tentait de cacher l’ampleur de la situation au reste du monde. Dernier fait troublant: le bilan dans les autres pays, notamment européens, est beaucoup plus lourd qu’en Chine.

Il sera impossible de vérifier la véracité des informations

Depuis 2013, avec l’avènement de Xi Jinping, la Chine fonctionne de manière totalement centralisée avec un culte très poussé de la personnalité du président. “ Ce fonctionnement est basé sur l’idée que les chinois sont tellement nombreux qu’ils ne peuvent se permettre des discussions, des arbitrages, des palabres ”, souligne Tanguy de Wilde d’Estmael, professeur de géopolitique et de relations internationales à l'UCLouvain. Par ailleurs, le numérique a permis de contrôler les chinois avec des applis obligatoires sur leurs téléphones. C’est un fonctionnement autoritaire dans lequel il n’est pas difficile de diminuer le nombre de morts, par exemple.
“ Il sera impossible de vérifier la véracité des informations. Et à l’heure actuelle, ce n’est pas essentiel pour la Chine qui s’est lancée dans la diplomatie du masque. C’est peut-être cynique mais aujourd’hui elle démontre son extrême capacité à produire et elle peut se présenter comme un état généreux qui distribue partout des masques. La Chine est une puissance qui attire en ne posant pas de conditions dans l’aide qu’elle apporte comme l’Union européenne peut le faire en exigeant de la démocratie et le respect de ses valeurs”, pointe Tanguy de Wilde d’Estmael.

Impuissance mondiale

Même l’organisation mondiale de la santé (OMS) a avalé les informations transmises par la Chine afin d’évaluer la menace pour le monde. Mais il sera difficile de faire payer au régime chinois d’éventuelles rétentions d’informations. “ On ne peut pas mettre sur la touche un milliard d’habitants qui depuis 40 ans se sont complètement ouverts sur le monde. La chine s’est insérée dans le système économique mondial. Malgré toutes les initiatives en termes de circuits courts, on aura besoin de la Chine ne serait-ce que pour gérer la pollution climatique. ” De plus, la Chine s’est lancée dans un gigantesque projet qui consiste à recréer les anciennes routes de la soie entre l’Europe et l’Asie à l’horizon 2049.

A quoi bon lancer une partie d’échecs alors que la Chine pratique le jeu de go ?

Pour l’expert en géopolitique de l’UCLouvain, il faut donc se préparer à être surpris par la Chine. Positivement ou négativement, impossible à dire. Et cela prendra beaucoup plus de temps que nous ne le pensons. Car la fracture culturelle est totale. Tandis que nous jouons aux échecs -un jeu de stratégie assez court dans lequel un adversaire est mis à terre par échec et mat -, les chinois pratiquent le jeu de go -un jeu qui peut prendre plusieurs jours avant que tout d’un coup un joueur n’opère un encerclement et emporte la partie. Face à la gestion de la crise du coronavirus, Chinois et européens sont fondamentalement différents.

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