L'élevage industriel favorise-t-il les pandémies ?

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Depuis plusieurs décennies, les épidémies se multiplient. D'aucuns pointent du doigt le système d'élevage industriel qui s'est répandu sur la planète.

Pauvre pangolin ! On lui ferait porter sur son dos écaillé tous les malheurs qui nous accablent aujourd'hui. Or, qu'y peut-il réellement ? Si on s'est jusqu'ici focalisé sur le marché de Wuhan et le pangolin dans l'avènement de la crise du coronavirus, la question qui se pose réellement est : comment le virus a-t-il réussi à faire le « saut des espèces » pour devenir un agent pathogène mortel pour l'humain ?

Les animaux sont porteurs de microbes qui ne leur font aucun mal. Logiquement, le passage d'un virus d'un « agent réservoir » à l'humain est compliqué. Or, ces dernières décennies, nous avons vécu une multiplication des pandémies dues à des virus d'origine animale – le VIH, Ebola, le virus Zika, le SRAS, la grippe aviaire H1N1, pour n'en citer que quelques uns... Y a-t-il une raison particulière ?

De nombreux experts pointent un fautif : l'élevage industriel. « Nous pouvons blâmer l'objet – le virus, les pratiques culturelles – mais la cause réelle questionne notre relation avec notre environnement », dit le biologiste et auteur de Big Farms Make Big Flus Rob Wallace au Guardian. Marius Gilbert, désormais bien connu épidémiologiste belge a, quant à lui, dans un article de 2018, établi un « lien clair entre l'émergence de virus grippaux hautement pathogènes et les systèmes de production industrielle de volaille ».

Comment l'agrobusiness favorise-t-il l'émergence d'épidémies ?

Il y a deux facteurs : la destruction des habitats naturels et le monoélevage intensif.

La déforestation et la destruction de l'environnement pour en faire des pâturages a causé la perte des habitats naturels pour de nombreux animaux sauvages... Mais aussi pour de petits fermiers qui doivent se relocaliser plus loin dans la forêt. Chauve-souris, pangolins et humains se retrouvent donc plus rapprochés, ce qui facilite le passage du virus d'une espèce à l'autre. Par exemple, un pangolin aurait très bien pu mordre dans un fruit qui portait la bave d'une chauve-souris avant d'être capturé par un fermier qui l'a ensuite vendu dans un « wet market » de Wuhan. Il a ainsi été démontré que les apparitions du virus Ebola sont plus fréquentes dans les zones qui ont subi des déforestations. Car il n'est pas rare de retrouver des chauve-souris sur les arbres des fermes...

Quant à notre système d'élevage industriel... Prenons l'exemple des poulets. Les chercheurs montrent que des centaines de milliers de bêtes entassées les unes sur les autres, gavées et bourrées d'antibiotiques pour donner une similaire « qualité » de viande favorisent l'émergence de virus particulièrement virulents. Car ce type de « monoélevage » fait des poulets des quasi-clones. Or, ce sont les variantes génétiques qui font barrière à la circulation d'un virus. Sans ces barrières génétiques et avec le nombre d' « hôtes intermédiaires » à disposition, le virus prend du muscle et devient donc potentiellement dangereux pour l'humain. Ce à quoi il faut ajouter les montagnes de déjections de ces animaux qui sont comme une marre pour les microbes qui s'y promènent à leur aise...

En clair, même si le phénomène de mutation des microbes animaux en agents pathogènes humains date de la naissance de l'agriculture, l'élevage industriel donne les meilleures conditions pour qu'il se développe et s'accélère. C'est probablement ce qui explique la multiplication des épidémies ces dernières années.

Pour Rob Wallace, c'est en tout cas clair : « Il faut mettre définitivement fin à l’agro-industrie en tant que mode de reproduction sociale, ne serait-ce que pour des raisons de santé publique. La production alimentaire industrielle repose sur des pratiques qui mettent en danger l’humanité tout entière, contribuant en l’occurrence à déclencher une nouvelle pandémie mortelle ».

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