Covid-19: retour nécessaire aux origines du mal

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Alors que la pandémie continue de se propager dans le monde, l’origine du Covid-19 n’est pas encore connue. C’est pourtant une donnée capitale pour éviter que cela ne se reproduise. 

Les spécialistes n’ont pas encore percé les multiples secrets du nouveau coronavirus. Si l’attention se focalise, à juste titre, sur les moyens pour contenir et sortir de crise sanitaire actuelle, il est important de rappeler que l’origine de la pandémie reste encore inconnue. Une chose est sûre pour le moment: elle est animale. On connaît également le point de départ de cette pandémie. Il s’agit d’un marché ouvert de Wuhan, en Chine, où sont entassées puis vendues toute une série d’espèces dans des conditions sanitaires déplorables. Mais après c’est moins clair…

D’une chauve-souris, le virus est passé à l’homme par l’intermédiaire d’un autre animal, encore inconnu. “Il est essentiel d’identifier cet animal pour savoir ce dont il faut se méfier”, alerte Daniel Desmecht, professeur à la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Liège. “Au début, on parlait d’un serpent”. Une hypothèse désormais abandonnée au profit de la piste du pangolin. “Pour le moment c’est la seule hypothèse qui existe, mais le degré de certitude me semble pas encore très élevé. Il faut donc encore chercher”, souligne ce chercheur spécialisé en pathologie animale, suspendu aux études que pourraient publier les équipes chinoises. “L’hypothèse initiale ou les travaux initiaux, seuls les Chinois peuvent les conduire”, explique l’expert à l’origine de la découverte du chat contaminé en Belgique. Comme pour l’épidémie de Sras en 2003, “un virus très apparenté”, il faudra un certain temps avant de connaître leurs résultats.

Apprendre de ses erreurs

Il est pourtant urgent d’enquêter sur cette origine, insiste Didier Sicard, spécialiste français des maladies infectieuses. Un avis partagé par Daniel Desmecht: “c’est capital”. Auprès de France Culture, le professeur émérite de médecine à la Sorbonne dénonce “l’indifférence au point de départ”. “Comme si la société ne s’intéressait qu’au point d’arrivée : le vaccin, les traitements, la réanimation.” Ce n’est pourtant pas la première fois que des animaux sont à l’origine de crises sanitaires: la grippe aviaire, Ebola ou encore le VIH proviennent tous d’un réservoir de virus animal. "Pour que cela ne recommence pas, il faudrait considérer que le point de départ est vital. Or c’est impressionnant de voir à quel point on le néglige. L’indifférence aux marchés d’animaux sauvages dans le monde est dramatique." 

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© BELGA IMAGE / Ronny Adolof Buol

Face au coronavirus, la Chine a annoncé, le 24 février dernier, l’interdiction totale du commerce d’animaux sauvages afin de “protéger efficacement la santé et la vie de la population”. Ce trafic avait également été interdit lors de la crise du Sras, mais il avait rapidement repris. Ce qui ne donne pas beaucoup d’espoir quant au respect de la nouvelle législation après la crise.

Une origine animale, mais un coupable humain

S’il est encore trop tôt pour connaître l’origine exacte du Covid-19, de nombreux scientifiques ont tout de même pointé du doigt l’un des responsables: la destruction progressive de la nature et de la biodiversité par l’homme. “La promiscuité entre la faune sauvage et l’humanité, de plus en plus intime, fait que, évidemment, la probabilité de transmission d’un univers à l’autre augmente”, explique Daniel Desmecht.

WWF Belgique a d’ailleurs publié ce lundi un rapport mettant en évidence le lien entre l’émergence de pandémies et la destruction des écosystèmes. “L'impact croissant des humains sur les écosystèmes et les espèces sauvages, renforcé par les effets du changement climatique, augmente considérablement notre exposition aux risques sanitaires”, regrette Antoine Lebrun, CEO de l’organisation. “Nous sommes maintenant confrontés à une crise du système écologique, et la pandémie de COVID-19 en est l'illustration. Il est donc essentiel de mieux protéger les espaces naturels vierges, de mettre fin au commerce illégal ou non contrôlé d’animaux sauvages, de rétablir l'équilibre des écosystèmes endommagés et de stopper le changement climatique.” Si, à l’avenir, la biodiversité n’est pas mieux protégée, les futures épidémies deviendront malheureusement plus courantes.

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