Les soignants surmenés face au Covid-19: «si rien n’est fait, la Belgique se dirigera vers la même situation que l’Italie»

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Pour l’instant, les infirmières arrivent à gérer la crise sanitaire, mais elles craignent que la situation ne dérape à cause du manque de matériel et de personnel. Chaque jour, l’angoisse monte d’un cran et l’avenir se fait très incertain.

Elles sont en première ligne face à cette crise inédite du coronavirus et cette situation pèse tout particulièrement sur leurs épaules. Les infirmières sont essentielles pour faire barrage au Covid-19. Elles sont pourtant de plus en plus démunies vis-à-vis des défis auxquels elles doivent faire face. Si elles alertaient déjà sur leurs conditions de travail avant la crise, leur colère est encore plus palpable aujourd’hui et leur sentiment de peur omniprésent.

Les masques, nerf de la guerre

S’il y a un point qui cristallise les tensions des infirmières, c’est bien le manque de matériel. Les stocks de masques FFP2, efficaces pour éviter de propager le Covid-19, sont évalués chaque jour mais sont limités. Apprendre que la Belgique en a détruit l’année passée des quantités importantes sans les renouveler a été très difficile. En l’état des choses, tout est donc fait pour allonger la durée de vie des masques, par exemple en les recouvrant d’un deuxième masque ou par du tissu. Les infirmières, elles, respirent difficilement derrière ces protections, au point d’en avoir mal à la tête.

Des consignes supplémentaires les obligent aussi à porter certains masques plus longtemps. Officiellement, des études scientifiques valident un allongement de la durée de vie de trois à huit heures. Dans la pratique, les infirmières se plient à la nouvelle règle mais doutent vu le contexte de cette annonce. « La question que nous nous posons, c’est de savoir si, en passant huit heures d’affilée avec le même masque, nous protégeons vraiment les patients et nos collègues », s’interroge Chloé (prénom d’emprunt – NDLR), infirmière en hôpital.

Les règles de distanciation sociale ne sont pas non plus faciles à respecter. « Nous tentons de garder un mètre de distance avec un masque, mais cela est difficile et demande surtout de se concentrer sur tous les gestes que nous faisons, ce qui est très stressant. Un virus est un ennemi que l’on ne voit pas, donc nous devons toujours être sur le qui-vive et c’est très lourd psychologiquement parlant. Il y a toujours cette crainte de transporter le virus chez soi. Cela fait peur et certains ne pensent plus qu’au coronavirus. La cohésion d’équipe est donc d’autant plus importante », confie Alda Dalla Valle, chef de service à Hornu et présidente de la FNIB (fédération nationale des infirmières de Belgique).

Une bombe à retardement ?

Au moment où Alda Dalla Valle explique la situation, une infirmière vient la voir. Elle fait 39,8°C de fièvre et se sent vraiment mal. Il lui est immédiatement demandé de quitter son poste pour l’envoyer se faire dépister. Le lendemain, il s'avérera que cette infirmière est positive au Covid-19 avec des symptômes lourds de la maladie. Et c’est bien ce phénomène qui inquiète le plus. Comment gérer cette crise si une part toujours croissante du personnel de santé contracte le Covid-19 ? Les heures de travail, déjà bien nombreuses, seront-elles encore multipliées ? « On a eu la chance d’avoir du recul par rapport à d’autres pays touchés avant nous pour prendre exemple et anticiper sur la prise en charge. Mais si nous sommes de plus en plus nombreux à tomber malade et que nous manquons toujours plus de matériel, la Belgique se dirige vers la même situation que l’Italie. Maggie De Block disait fin février que la Belgique était prête mais ce n’est pas vrai et je trouve cela grave », alerte Chloé.

« Et en même temps, je ne veux pas être alarmiste parce que nous sommes encore loin de nos capacités d’accueil maximales des malades », complète-elle. Un fait confirmé et précisé par Alda Dalla Valle : « En nombre de passages aux urgences, nous avons moins de personnes qu’auparavant mais ce sont des patients plus lourds et souvent dans un état critique ». Et à côté de tout cela, il faut encore s’occuper des personnes traitées dans les autres services de plus en plus délaissés.

Toutes ces difficultés alimentent une colère pour l’instant contenue pour se concentrer sur la réponse à la crise sanitaire, mais la cocotte-minute risque d’exploser. « Nous ne nous sentons pas reconnus par la ministre de la Santé. Si on regarde toutes ses interventions, elle parle très rarement des infirmiers. On dirait que ce mot lui écorche la bouche. Ce manque de considération nous fait mal. Il faut prendre des mesures pour nous permettre d’avoir des conditions de travail décentes », demande Alda Dalla Valle.

Chloé décrit même un véritable ras-le-bol par rapport à Maggie De Block : « Moi et mes collègues, nous espérons qu’il y aura un mouvement de mobilisation après la crise sanitaire pour réclamer plus de reconnaissance. Je pense que nous serons en position de demander ce que nous réclamons depuis des années : de meilleures conditions de travail et un meilleur salaire. Nous espérons aussi que les gens ne nous oublierons pas et nous soutiendrons ».

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