Coronavirus : les hommes plus durement touchés ?

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C’est une tendance constatée à l’international : les hommes mourraient davantage du virus que les femmes, alors que ces dernières ne sont pas moins contaminées. Des facteurs biologiques ou comportementaux pourraient expliquer ce phénomène.

À mesure que le coronavirus continue sa progression, la science fait de même. Petit à petit, les scientifiques parviennent à débusquer certaines caractéristiques du virus. Une tendance semble ainsi se dégager : les hommes meurent davantage du Covid-19. Selon une étude portant sur plus de 70 000 cas, réalisée par le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies (CCDC), le taux de létalité (c’est-à-dire le nombre de décès par rapport au nombre de cas de contamination rapportés) serait de 2,8% pour les hommes, contre 1,7% pour les femmes.

Même chose en France : selon les chiffres de Santé Publique France, 59% des décès recensés outre-quiévrain pour cause de Covid-19 concernent le sexe masculin. En Italie, les hommes représentent pas moins de 7 décès sur 10, alors qu’ils ne constituent « que » 59% des cas de contamination. À des degrés divers, on constate donc une surreprésentation des hommes parmi les décès, alors même que les femmes sont autant contaminées ; c’est le cas notamment en Espagne ou en Corée du Sud.

 « C'est une tendance que nous avons constatée dans de nombreuses infections virales des voies respiratoires : l'évolution tend à être plus grave chez les patients de sexe masculin » expliquait au New York Times Sabra Klein, de l’université Johns Hopkins (États-Unis). Une tendance que les scientifiques avaient déjà relevée auparavant, comme durant l’épidémie de SRAS de 2003, elle aussi causée par un coronavirus. En Chine, les femmes avaient été davantage contaminées par ce syndrome de détresse respiratoire ; pour autant, le taux de mortalité était supérieur de 50% chez les hommes.

Des facteurs biologiques ou sociologiques comme explications ?

Reste à expliquer pourquoi les hommes mourraient davantage du Covid-19 que les femmes. « La réponse la plus honnête : personne ne sait ce qui cause cette différence » a admis au Guardian une épidémiologiste anglaise. Pour autant, les scientifiques avancent quelques pistes de réflexion. Pour certains, le matériel génétique des femmes expliquerait que ces dernières développent des réponses immunitaires plus fortes face aux infections.

Pour d’autres, ce sont les facteurs comportementaux qui entreraient en ligne de compte. À l’échelle planétaire, les hommes sont plus accros à la cigarette. Or fumer augmente le risque de contamination (on porte plus souvent la main à la bouche) et le risque de contracter d’autres maladies (cancers, infections pulmonaires, etc.) susceptibles de fragiliser le système immunitaire. Certaines études indiqueraient également que les hommes sont moins enclins à se laver régulièrement les mains.

Et chez nous ?

En Belgique aussi, le profil des malades se précise. Ainsi, la catégorie la plus touchée en Belgique par le Covid-19 est celle des femmes âgées entre 40 et 49 ans, selon les dernières données  de l’Institut scientifique de santé publique (Sciensano). À ce jour, 868 patientes de cette tranche d’âge ont en effet été contaminées par le virus. « Nous voyons que dans les tranches d’âge plus jeunes, il y a une proportion plus importante de femmes, cela est peut-être dû notamment au fait que parmi le personnel de soins qui est testé, il y a une proportion plus importante de femmes » avançait cette semaine Emmanuel André, porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19, pour expliquer la relative surreprésentation des femmes parmi les malades.

Relative, car si on se penche sur les chiffres de l’ensemble des malades recensés en Belgique (9134 cas à ce jour), 50,66% sont des femmes (4604 cas) et 49,34% des hommes (4483 cas). À noter que pour 47 malades, les statistiques d’âges et/ou de sexes n’étaient pas disponibles. Si jusqu’à 50 ans, les femmes semblent être davantage touchées par le virus, passée la cinquantaine c’est l’inverse. Emmanuel André rappelait d’ailleurs cette semaine que « l’infection concerne tout le monde, toutes les catégories d’âge et les deux sexes ».

Et pour ce qui est des décès ? À ce stade, impossible de conclure, les données de Sciensano n’étant pas assez ventilées et ne permettent pas de savoir si un sexe ou l’autre est plus durement touché par le virus. Notre pays ne « dispose pour l’instant pas assez de recul concernant ces données », a expliqué Sciensano à la RTBF.

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