Les addictions: dommage collatéral du confinement

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L'atmosphère anxiogène due au confinement pousse à la consommation : alcool, anxiolitiques, drogues douces ou dures. Ce qui peut devenir un réel problème de société.

« Personne n'a un plan beuh ? On ne va pas tenir trois semaines enfermés comme ça, il nous faut absolument de la beuh ! ». Ludo (prénom d'emprunt) lance la question de manière légère, mais il est à cran. Et il n'est pas le seul. Comment tenir deux, peut-être trois ou quatre semaines confinés chez soi sans substance pour relâcher la pression anxiogène ?

C'est un des dommages collatéraux du confinement: il fait voir nos addictions au grand jour. Il y a eu une ruée sur le tabac et les cigarettes d'une intensité similaire à celle sur le PQ. Et les libraires en vendent toujours plus que de coutume (s'ils restent ouverts, c'est aussi pour cela). Et chaque jour, l'heure de l'apéro est un peu avancée, histoire de... « Heureusement qu'il nous reste la bière ! », lance Ludo lors d'un énième apéro-Skype.

Trafic impacté

Si la crise sanitaire touche l'économie, l'économie parallèle n'est pas immunisée. Le trafic de drogues illégales, dans la rue, est mis à mal. En France, c'est notable : « Dans certains quartiers (de Paris), les petits réseaux sont en sommeil, a expliqué le directeur central de la police judiciaire Jérôme Bonet à l'AFP.

Ce qui est logique. Les mesures de confinement impliquent moins de liberté de circuler, donc moins de monde dans les rues, donc plus de surveillance policière. Les dealers sont tout de suite plus visibles. Une solution pour le consommateur lambda ? La livraison. Mais là encore, le confinement complique tout. François (prénom d'emprunt) a le même « plan » depuis vingt ans : « Avant, c'était service à domicile. Maintenant, c'est rendez-vous dans un parking en-dehors de la ville. Autant laisser tomber ». C'est pour beaucoup le bon moment pour favoriser le CBD, ce cannabis légal car il ne comporte qu'un très faible niveau de THC – la substance active du cannabis qui en fait une drogue. Plus facile d'accès, moins de problèmes et, surtout, ça détend.

 

Réel problème social

Mais le problème des addictions au temps du coronavirus, lorsqu'elles dépassent un certain seuil, peut devenir un réel problème de société. Qu'en est-il ainsi des addictions aux drogues dures, ces drogues de rue qui rendent hautement dépendants comme l'héroïne ou le crack? 

« Pour le moment, la situation est plutôt stable, nous dit Bruno Valkeneers, porte-parole de Transit, centre d’accueil et d’hébergement d’urgence bruxellois spécialisé dans la prise en charge des personnes souffrant d’assuétudes aux drogues. On n'a pas d'augmentation soudaine d'arrivées au centre. A priori, il n'y a pas de pénurie de produits, mais si les mesures de confinement perdurent et sont renforcées, les effets pourraient se faire sentir d'ici une dizaine de jours ».

Transit s'occupe des personnes précarisées qui ont des problèmes d'addiction, soit « les grands oubliés du début de crise ». La question de l'origine des produits se pose aujourd'hui que les frontières ont été fermées. « On n'a aucune donnée sur le sujet – c'est une spécialité belge. Du coup, on a lancé une enquête en interne pour en savoir un peu plus. Où les toxicomanes trouvent-ils leurs produits ? C'est une étude empirique qui nous servira de base de travail ».

Car la pénurie de produit n'est pas forcément une bonne chose... « Il y a un risque réel de crises de manque. En ce qui concerne les opiacés, il y a des traitements de substitution pour stabiliser les patients, mais dans le cas de la cocaïne ou du crack, c'est surtout de la dépendance psychologique. Et on pourrait devoir faire face à de grosses crises qui s'ajouteraient à l'épidémie ». Les personnes qui travaillent chez Transit et dans d'autres centres d'accueils sont en première ligne. Et ils manquent eux aussi de masques et de matériel pour se protéger du Covid-19.

Anxiolytiques

Il n'y a d'ailleurs pas que les drogues illégales. La Belgique est un des plus gros utilisateurs d'anxiolytiques d'Europe. Or, par ces temps anxiogènes, la consommation de Xanax et autres risque d'augmenter en flèche. Nous avons voulu poser la question chez Multipharma, une pharmacie qui compte 270 échoppes dans le Royaume : « Nous n'avons pas l'autorisation de répondre aux questions des journalistes », nous dit-on. Sans insister, on laisse la place au comptoir à une dame qui vient chercher sa commande: « C'est pour du Xanax... »

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