Tester massivement pour casser la pandémie

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En plus du dépistage à grande échelle, des chercheurs de l’ULB recommandent de tester l’immunité de la population, avant de lever les mesures de confinement.

 

« Nous avons un message simple à tous les pays : testez, testez, testez les gens ! Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés. » Le mot d’ordre lancé il y a dix jours par l’Organisation Mondiale de la Santé  était clair : c’est en testant au maximum la population et en plaçant en quarantaine les personnes positives au Covid-19 qu’on cassera la chaine de transmission de la pandémie, et qu’on la stoppera. Cette stratégie semble avoir fonctionné en Corée du Sud, puisque le pays, après une campagne massive de dépistage (environ 300.000 test réalisés), ne compte « que » 94 décès pour 8.600 cas positifs, sur une population de plus de 50 millions d’habitants.

Et chez nous ? Sans parler des problèmes d’approvisionnement en masques, la Belgique fait face à une pénurie de réactifs, nécessaires à la détection du virus. Un groupe de travail dirigé par Philippe De Backer (Open-VLD) a d’ailleurs été chargé ce week-end de remédier au problème et d’augmenter la capacité de dépistage chez nous. Un dépistage qui pourrait bien ne pas suffire.

Les tests actuels (dits RT-PCR) sont réalisés via un prélèvement nasopharyngé (on introduit un long coton-tige dans le nez pour effectuer un frottis). Ils indiquent si un patient est infecté au moment du test. Ce ne sont donc que des instantanés ; rien ne dit que si vous n’êtes pas contaminé aujourd’hui, vous ne le serez pas demain (surtout si vous ne respectez pas les consignes de confinement et de distanciation sociale).

Éviter une deuxième vague de contamination

C’est pourquoi quatre chercheurs de l’ULB plaident pour le déploiement à grande échelle de tests dits sérologiques, via une simple prise de sang. L’objectif est ici différent :  il ne s’agît plus de voir si vous êtes contaminé au Covid-19, mais bien de savoir après-coup si vous avez été en contact avec le virus, et si votre corps a développé des anticorps en réaction. Si c’est le cas, vous serez apriori immunisé. Mais attention, toutefois : même immunisés, certaines personnes pourraient rester porteurs asymptomatiques et être à leur insu, vecteur de contamination. « Il faudra faire preuve de prudence et utiliser ces tests sérologiques en association avec les tests de dépistage du Covid-19, qui permettent de confirmer que le sujet immunisé n’est plus porteur du virus » avertit Michel Goldman, épidémiologiste à l’ULB et un des quatre co-auteurs de la proposition. Pour ces chercheurs, doubler les tests de dépistage avec un test de sérologie permettra de redémarrer l’économie et d’éviter une deuxième ou une troisième vague de contamination, une fois que les mesures de confinement seront levées.

Le déploiement massif des tests de sérologie n’est pas encore pour tout de suite en Belgique. Citant une étude franco-néerlandaise, Marius Gilbert a tweeté « la détection d’anticorps contre le Covid-19 par des tests sérologiques semble fonctionner ». Si l’épidémiologiste de l’ULB reste prudent, c’est parce que des études sont encore nécessaires pour s’assurer que ces tests détectent efficacement des anticorps générés à chaque étape de l’infection.

De même, les scientifiques ne sont pas encore certains que l’immunité face au coronavirus soit durable. Et puis, ces tests sanguins vont nécessiter une logistique importante pour être déployés à grande échelle. « Nous n’avons pas la capacité nécessaire en Belgique. C’est un plan à mettre en œuvre à l’échelon européen. Il faut d’urgence mobiliser les industriels européens qui ont une connaissance en ces matières », explique Michel Goldman. Comme ils ne seront pas tout de suite disponibles pour tout le monde, les chercheurs de l’ULB recommandent de les réserver avant tout aux professionnels de la santé, et aux métiers dits « essentiels », comme les transports publics, le commerce de biens de première nécessité, etc.

En l’absence d’un vaccin, l’arme ultime contre le virus, la fabrication et la distribution de ces tests sérologiques « devrait constituer une priorité », selon le professeur Goldman, qui en avisé Philippe De Backer. Questionné par Le Soir sur la question, le cabinet du ministre a indiqué : « Nous nous occupons d’augmenter la capacité de testing et la production d’agents réactifs. Une communication en ce sens sera faite cette semaine ».

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