Coronavirus : Maggie De Block, la ministre qui débloque ?

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Maggie De Block a-t-elle commis une faute politique ? Les critiques (francophones) se font pressantes suite au flop des masques dont le personnel soignant a besoin. Portrait d'une icône politique fissurée.

Il fallait sauver la Belgique d'un méchant virus et super Maggie était aux première loges. Elle organisait une conférence de presse un dimanche matin à l'heure de l'apéro alors que la Première ministre avait annoncé une communication peu après. C'était le 1er mars. Magnanime et maline, Sophie Wilmès avait alors laissé filer. Petites joues rougies et regard appuyé, Maggie De Block avait mis sa blouse blanche de médecin version imaginaire pour expliquer à la population qu'il ne fallait surtout pas paniquer et que tout était sous contrôle. La dangerosité de la crise du coronavirus balbutiait encore. Vraiment?

Son incroyable franc-parler

Maggie De Block pose aujourd'hui question. Elle fut pourtant à franchement parler une icône politique absolue. Une mascotte que le parti libéral flamand a longtemps vénéré pour sa popularité. Même Alexander De Croo faisait autrefois un pas de côté pour laisser briller super Maggie. Son physique atypique, sa personnalité passionnée, son incroyable franc parler prenaient toute la place. Même les francophones adoraient ses petites fautes de français ponctuées d'un rire aux sonorités presqu'enfantines.

Maggie était une star. En 2014, elle emballait 131 000 voix de préférence, faisant d'elle la femme la plus populaire du Royaume, juste derrière Bart De Wever et Elio Di Rupo. On pensait même à elle comme Première ministre. En 2019, elle a perdu aux élections près de 100 000 voix. Qu'importe. Elle assurait toujours, encore, plus que jamais. Et s'emparer de la politique migratoire est pour quel que ministre que ce soit, de gauche comme de droite, un bourbier. Lors du dernier sondage (c'était juste avant la crise du coronavirus) elle rassemblait encore 39% d'opinions favorables. Maggie De Block trônait toujours voici quelques jours au top 10 des politiques préférés. Cette popularité est-elle en chute libre ? C'est à voir. « Elle a reçu des critiques des syndicats sur son financement des soins de santé à moyen terme. Mais son ton de médecin de famille -qui a toujours énervé certains prodigieusement- fonctionne toujours auprès de ceux qui l'apprécient », estime le politologue le l'ULiège, Pierre Verjans.

Un grand coeur, bien sec?

Son tempérament extraordinaire s'est forgé dans une enfance douloureuse. Son papa est mort quand elle avait à peine sept ans. On lui prête un grand cœur qui apparaît pourtant bien sec à de nombreuses occasions. Surmonter de terribles épreuves peut faire, en politique comme dans la vie, relativiser de multiples difficultés sur lesquelles il s'agirait de ne pas pleurnicher. Maggie De Block ne pleurniche jamais. Crise du coronavirus ou pas.

Les psychothérapeutes qui ont lutté tant et plus contre la grande réforme de leur secteur en savent quelque chose. Rien n'y a fait. Depuis le 1er septembre 2016, une loi réglemente le titre et l’exercice de la psychologie : seuls médecins, psychologues cliniciens et orthopédagogues cliniciens peuvent proposer des séances de psychothérapie remboursée alors que le titre n’était ni protégé, ni reconnu. Vision américaine des soins de santé mentale ou lutte contre les charlatants de toutes espèces ?

Ces derniers jours, la gestion de la ministre Maggie De Block, fait l'objet de multiples critiques. Au moins du côté francophone, pour le moment. Manque d'anticipation, gestion chaotique de la pénurie de matériel et désormais cette histoire révélée par le Vif/L'Express : le stock de six millions de masques FFP2 a été détruit parce que périmé, mais non remplacé. Faute? Erreur et problème dans tous les cas. Dimanche, l'air de rien, sans toucher frontalement à la belle unité nationale de son gouvernement, Sophie Wilmes a confié une partie des compétences de super Maggie à son collègue de parti Philippe De Backer. Ce dernier dirige un groupe de travail qui a pour mission de lutter contre les pénuries de matériel de protection pendant la crise sanitaire due au nouveau coronavirus. En soi, sa nomination est un désaveu à peine voilé de Maggie De Block.

Sa politique est néo-libérale. Et c'est tout.

Le dossier aurait pu flamber – ou pourrait encore -  incendier toutes les mesures imposées aujourd'hui à la population alors que les masques ( sans compter les tests systématiques du Covid19) manquent avec des soupçons lourds de manque d'anticipation voire de conflits d'intérêts. Maggie De Block répondait ce mardi sur RTL avec des paroles légères: « on n'a pas eu le temps » ou « on a eu autre chose à faire ». Scandale ? Oui mais... tout le bateau du gouvernement Michel pourrait alors prendre l'eau. « Sa ligne politique est néo-libérale. Cela fait 10 ans qu'elle réduit les coûts de santé. C'est son logiciel de base mais aussi celui du gouvernement actuel, ne l'oublions pas. Ceux qui nous gouvernent mènent une politique de droite depuis 2015. Il s'agit de la politique la plus conflictuelle du pays depuis celle menée par Jean-Luc Dehaene lorsqu'il a appliqué les critères de Maastricht (1993). » Pour Pierre Verjans, Maggie De Block tient sa barre à droite « et puis, c'est tout. »

La ministre de la santé a bien entendu une responsabilité dans l'affaire des masques qui sont le signe d'une impréparation totale de notre pays. Pouvait-on prévoir est la vraie question. Et au-delà tout le gouvernement Michel, y compris Sophie Wilmès qui a pris la décision comme ministre du budget, sont dès lors impliqués dans cette impréparation. « La politique de diminution des soins de santé un peu à l'américaine de Maggie De Block est claire depuis toujours. Aujourd'hui la vraie question qui se joue, c'est le risque que les dépenses d'urgence ne soient déduites du système d'entretien des soins de santé à moyen et long terme », conclut Pierre Verjans.

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