Covid-19 : l’Afrique, possible bombe à retardement

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Le manque d’infrastructures sanitaires et économiques suffisamment puissantes et la réalité sociale de l’Afrique rendent le continent particulièrement vulnérable au virus. Si certains pays sont un peu mieux placés que d’autres, les autorités craignent que la région ne soit largement déstabilisée.

Après la Chine et le monde occidental, l’Afrique serait-elle destinée à devenir le prochain centre épidémique du Covid-19 dans le monde ? Ce qui est sûr, c’est que le continent africain n’est pas paré à une telle éventualité. De nombreux pays sont déjà affaiblis par des conflits, d’autres maladies ou encore une situation socio-économique instable. L’arrivée du coronavirus n’est donc pas du tout la bienvenue et ce n’est que le début. Ce lundi 23 mars 2020, les Nations Unies comptaient 1.396 cas confirmés en Afrique. Un jour plus tard, ce nombre s’élèverait à 2.076 cas, sans compter les 59 décès, majoritairement en Égypte et en Algérie.

Beaucoup de faiblesses

L’un des premiers facteurs de risques est le manque d’infrastructures sanitaires et de matériel. Si les pays occidentaux ont déjà du mal à tenir le coup, l’Afrique semble être encore plus fragile face à une éventuelle mais probable expansion épidémique. Évidemment, comme en Europe, les masques et les tests du Covid-19 sont appelés à manquer et le don de matériel médical promis ce lundi par l’homme d’affaires chinois Jack Ma sont une goutte dans un océan. Autre exemple : les lits d’hospitalisation. Selon Augustin Augier, directeur général de l’ONG Alima interrogé par La croix, il y en aurait 20 fois moins que dans un pays comme la France, et 50 fois moins de médecins. Autant dire qu’un afflux de cas graves de Covid-19 serait catastrophique.

Tous les pays africains ne sont, cela dit, pas logés à la même enseigne. Les États les plus riches, comme l’Afrique du Sud ou ceux du Maghreb, sont logiquement mieux préparés. Paradoxalement, ceux régulièrement touchés par des épidémies, comme la malaria ou Ebola, peuvent aussi s’appuyer sur certains réflexes et infrastructures acquis auparavant.

D’autres pays concentrent au contraire les désavantages. C’est par exemple le cas du Nigéria. Dans des mégapoles surpeuplées et pauvres comme Lagos, avec plus de 20 millions d’habitants et de nombreux bidonvilles, comment faire respecter un confinement alors qu’officiellement, tout rassemblement de plus de 50 personnes est interdit ? Comme le note l’AFP présente sur place, les autorités ont tellement peu de voix que la population continue d’aller en nombre à l’église envers et contre tout. « Nous voulons prier, le corona n’est pas ici, c’est les Blancs qui nous l’ont amené », affirme ainsi une femme aux journalistes. Ces villes concentrent aussi les problèmes d’accès à l’eau (nécessaire pour se laver les mains), d’économie informelle qui favorise les contacts et de logements qui encouragent la promiscuité.

Certains États sont au contraire plus réactifs que d’autre, par exemple au Rwanda qui tente de confiner sa population. Mais ce qui manque aussi, c’est une économie forte, alors que la baisse des revenus touristiques et des liens commerciaux avec la Chine se fait sentir. En outre, la fermeture des frontières n’arrange rien.

Le besoin de solidarité

La source principale d’espoir, comme pour d’autres épidémies en Afrique, réside désormais dans un élan de solidarité. Des ONG comme MSF (Médecins sans Frontières) sont bien évidemment sur le coup. « Tous nos projets continuent leurs activités comme auparavant et on a préparé nos équipes à réagir si des cas de coronavirus se présentaient à eux. On a aussi présenté notre aide aux ministères de la Santé des pays dans lesquels on travaille et on reste en contact avec l’OMS », fait savoir Céline Ronquetti, chargée de la communication de MSF en Belgique.

Les aides devront cependant être bien plus élevées pour peser dans la balance en Afrique selon Augustin Augier et ce pour trois raisons. « D’abord sur un plan humain et humanitaire : on ne peut pas accepter qu’un continent s’effondre et que la mortalité explose. Par ailleurs, si on n’arrive pas à contrôler l’épidémie alors qu’elle circule dans un continent comme l’Afrique, elle sera réintroduite chez nous. Enfin, pour une troisième raison, géopolitique cette fois. L’épidémie peut contribuer à la déstabilisation de certaines régions. Par exemple, au Sahel, les groupes armés ne vont pas s’arrêter pendant le coronavirus… », s’inquiète-il.

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