Astérix a perdu son deuxième père

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Trois personnalités du monde de la bande dessinée réagissent à la disparition d’Albert Uderzo. Il avait 92 ans.

Il était – évidemment – la moitié de la fabrique historique d’Astérix. Avec son compère René Goscinny (disparu en 1977), Albert Uderzo a construit une œuvre monumentale de l’histoire de la bande dessinée. Un trésor national, en même temps qu’une révolution des mentalités qui a fait la une des magazines de société et les beaux jours des chercheurs universitaires. Un empire dont la première pierre – Astérix le gaulois – est posée en 1961…

François Schuiten, dessinateur

«Ce qu’on oublie de dire à propos d’Uderzo c’est combien il était un dessinateur absolument époustouflant. Ses planches originales, que j’ai découvertes en tombant à la renverse, sont d’une virtuosité rare. Mais l’immense présence de ses personnages ont un peu étouffé le talent de cet artiste qui était un grand dessinateur réaliste, mais aussi un formidable dessinateur humoristique. On verra avec le temps combien, au-delà de l’univers d’Astérix, il était un virtuose – combien ses dessins grouillaient de détails justes.

Les dessinateurs qui me frappent sont ceux – comme Uderzo - vers lesquels on retourne en pensant que ce qu’ils ont fait est encore mieux que ce qu’on en pensait. Bien sûr, je ne cacherai pas que j’ai moins été emballé par le scénariste puisqu’il a voulu reprendre le scénario d’Astérix après la mort de Goscinny. Après, il a eu l’intelligence de confier ses personnages au duo Didier Conrad et Jean-Yves Ferri…»

Hugues Dayez, critique

«On associe toujours Uderzo à l’immense succès d’Astérix, mais on omet souvent de préciser combien il a attendu ce succès. Il a longtemps attendu le succès, alors que tous ses amis belges – Peyo, Franquin – étaient déjà reconnus. Et notons qu’en Belgique, Spirou et le journal de Tintin sont passés à côté d’Uderzo, ils sont complètement passés à côté de la montre en or…

Uderzo était un très bon dessinateur, mais un mauvais scénariste. Lorsque Goscinny disparaît et que la presse titre « Astérix est mort», il est blessé et il se dit qu’il va relever le défi de poursuivre la série en signant les scénarios. Ceci dit, on n’a jamais vendu autant d’Astérix depuis la mort de Goscinny… Personnellement, j’ai pu le rencontrer assez longuement pour une longue interview et j’ai découvert un homme tout simplement passionnant. »

Didier Pasamonik – directeur général d’Actua BD

«Albert Uderzo, c’était le patron ! Le plus grand dessinateur de son tempos, avec un sens de la focale inouï - même si on a souvent sous-estimé les qualités graphiques de son travail. Il a été un pu bouffé par le génie de Goscinny et par le succès d’Astérix. Ce succès qui est le résultat de sa rencontre avec Goscinny qui écrivait mieux que lui, alors que lui dessinait mieux que Goscinny.

Dans les années 60, Uderzo pouvait dessiner vingt planches de qualité par mois. Des planches d’Astérix, mais aussi de Tanguy et Laverdure où il dessinait avec un réalisme incroyable le moindre boulon et le moindre rivet des carlingues d’avions. Pour moi, il a su concilier la rondeur de Walt Disney et la clarté de Hergé. Un souvenir personnel? Lorsque j’ai été le premier à écrire sur les origines juives de Goscinny, j’ai transmis à Uderzo le résultat de mon enquête et il m’a répondu : «Merci de m’avoir fait découvrir mon ami mieux que je ne l’avais connu en vingt-cinq ans.»

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