Médicaments : "Les réserves ne servent à rien"

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Les ventes de certains produits pharmaceutiques, dont le paracétamol, explosent en officine et en ligne. Les pharmaciens appellent à la raison : il n'y a pas de pénurie. Ce qui pourrait changer si les comportements inciviques continuent.

"Nous ne vendons ni masque, ni gel hydroalcoolique." Le message est placardé sur toutes les officines. Les Belges sont vraisemblablement nombreux à craindre que la pénurie touche bientôt les médicaments. Il faudra quelques semaines pour avoir les chiffres officiels, mais "nous observons approximativement une explosion par trois des ventes de paracétamol depuis le week-end dernier, estime pour la boutique en ligne Newpharma la pharmacienne titulaire Aline Legipont. Le secrétaire général de l'Association pharmaceutique belge (APB) Alain Chaspierre confirme cette tendance à la hausse : "Il faut dire aux gens d'arrêter, les réserves ne servent à rien. Il n'y a à ce stade aucun risque de pénuries. Les firmes nous le confirment, malgré les problèmes en Chine. Les risques de pénurie pourraient cependant augmenter si les comportements inciviques de stockage continuent."

"Cette exposition concerne surtout le paracétamol, car c'est la molécule de choix pour les symptômes grippaux dus au Covid-19 et pour lutter contre la fièvre, explique la pharmacienne qui insiste : On n'a pas besoin d'en acheter de manière préventive. Les boites vont rester dans les armoires et périmer. Il faut rappeler qu'il ne s'agit pas d'un bien de consommation courant. La dose maximale est 3g par jour pendant 3 jours en cas de fièvre et pendant 5 jours en cas de douleurs. Après, il faut demander conseil à son médecin!"

Newpharma

Face à cette peur de pénurie infondée à ce stade-ci, l'APB a édité mercredi les nouvelles règles pour le secteur. D'abord, les pharmaciens doivent réduire les quantités demandées de façon autoritaire en cas de suspicion de stockage de médicaments inopportuns. Ensuite, elles devront cette année céder maximum 1,5 fois les quantités de paracétamol vendues l'an dernier à la même période.

Le danger de l'ibuprofène

Newpharma prône la même logique : "S’il est évidemment toujours possible de passer d’officine en officine pour se constituer un stock, en ligne nous avons l’avantage de pouvoir raisonner nos patients qui achètent en trop grande quantité. Nous attirons également l’attention des personnes qui passent des commandes n’ayant aucun sens au niveau thérapeutique en recourant, notamment, à l’aspirine ou à l’ibuprofène qui sont pourtant déconseillés par les autorités sanitaires face aux affres du Coronavirus." Les anti-inflammatoires, en effet, pourraient être un facteur aggravant en cas d'infection au Covid-19 bien que cela ne soit pas encore prouvé scientifiquement. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a néanmoins décidé d'appliquer le principe de précaution et, dans le doute, conseille de les éviter, comme le SPF Santé publique.

L'armoire à pharmacie de crise

Être prévoyant n'en demeure pas moins utile, à condition de rester raisonnable. Aline Legipont conseille de garder une armoire à pharmacie suffisante en cette période de confinement : "C'est bien d'avoir un sirop contre la toux surtout si on a des enfants, un médicament en cas de fièvre, des sparadraps et un désinfectant. En outre, Newpharma enregistre ces derniers jours une hausse des ventes de probiotiques, de vitamines et d'huiles essentielles, ce qui est beaucoup moins interpellant puisque ces produits permettent de renforcer le système immunitaire." Elle termine : "Cette période de confinement est aussi l'occasion de contrôler son armoire à pharmacie et vérifier les dates de péremption."

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