Coronavirus : "Les marchés boursiers sont dans un trou d'air, mais ils ne se crasheront pas"

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Aux quatre coins du monde, les bourses s'effondrent. De quoi faire planer, en plus de la crainte de l'épidémie, le spectre d'une crise économique. Heureusement, pour Mikael Petitjean, prof à l'UCLouvain, on n'en est pas encore là.

Autour de l'inquiétude sanitaire gravitent d'autres conséquences de l'épidémie de coronavirus. Si elles sont pour le moment, et à juste titre, considérées comme secondaires, certaines méritent que l'on s'y attarde. C'est notamment le cas des difficultés des marchés boursiers qui, partout, tirent la gueule. Alors que notre Bel 20 perdait 40% en un mois, Wall Street connaissait le 12 mars dernier sa pire journée depuis le Lundi noir d'octobre 1987.

Ces informations passent, de manière compréhensible, au-dessus de la tête de nombreux Belges qui ne sont pas rompus aux arcanes de la bourse. Mais, encore marqués par la crise qui a traversé le monde en 2008, ils ne peuvent s'empêcher de paniquer face à des infos qu'ils ne maitrisent pas. Alors, y a-t-il des raisons de s'inquiéter ? Pas vraiment, ou pas encore en tout cas, selon Mikael Petitjean, prof d'économie à l'UCLouvain et à l'IESEG, école de commerce française située à Paris et à Lille. "En soi, l'effondrement de la Bourse n'est pas exceptionnel, il n'est pas unique. La bourse est quelque chose de fluctuant. Ce qui marque par contre, c'est la vitesse avec laquelle elle a baissé. Mais plus vite elle dégringole, plus rapide est l'effet de rebond. On voit d'ailleurs que la correction boursière est déjà là."

Wall Street est, en effet, reparti à la hausse ce matin, alors que le Bel 20, après avoir bien coulé, a quelque peu sorti la tête de l'eau aujourd'hui (avant de doucement replonger). Mais la journée ne suffira pas à rassurer les marchés. "Très concrètement, la chute des bourses implique que les entreprises valent moins. Les marchés boursiers anticipent la dégradation des chiffres d'affaires des entreprises, de leur marge de rentabilité et de leur profits. Certaines seront en pertes. Il est certain qu'il y aura une récession. Dans le scénario le plus vraisemblable, elle sera de l'ordre de -1 ou -1,5%. Nous sentirons un choc macroéconomique mais, je le répète, plus vite le pic sera atteint mieux ce sera. Car plus le choc est rapide et contenu, plus l'effet de rebond sera important. On ne sait pas encore si on assistera à une reprise en V ou en U, mais je ne vois pas, contrairement à d'autres, se profiler un scénario en L, c'est-à-dire un long maintien de la récession."

Crise de liquidités

Pour Mikael Petitjean, les petits investisseurs ne doivent pas particulièrement stresser. "En tout cas, ceux qui ont un panier d'actions diversifié. En 2008, ce sont ceux qui avaient placé toutes leurs billes dans des actions bancaires qui ont tout perdu." L'économiste fait confiance aux entreprises et aux Etats. "Je pense que l'on assiste actuellement à une crise de liquidités et que nous ne sommes pas encore face à une crise de solvabilité. Les entreprises restent solvables et les garanties étatiques sont importantes. On a tiré des leçons de 2008 et il y a une mobilisation forte des Etats. Il manque juste, encore et toujours, une collaboration entre les pays."

Avec la question à un million d'euros en filigrane : devons-nous craindre une nouvelle crise financière mondiale ? "La crise de 2008 était plus perverse. Les banques étaient au centre de la crise et on ne savait pas lesquelles allaient être touchées. Ici, c'est un élément extérieur, un virus, qui en est la cause, et on sait qu'on va le combattre. L'incertitude était plus forte en 2008, et je pense que des processus pour mieux stabiliser le secteur bancaire ont été mis en place." Pas question donc de parler de crash. "Les marchés boursiers se trouvent actuellement dans un énorme trou d'air, mais ils ne se crasheront pas. Ils vont se reprendre. Il faudra simplement être un peu plus patient pour retrouver les niveaux qu'ils affichaient avant la crise."

Le président Macron, et dans une moindre mesure le ministre-président wallon Elio di Rupo, l'ont affirmé : nous sommes en guerre. Des paroles fortes et symboliques qui résonnent aux oreilles des citoyens désobéissants, mais pas de nature à rassurer les marchés boursiers. Au point d'accélérer la chute ? "Dire que l'on est en guerre a un impact sur l'activité boursière. Cela induit une certaine peur, et la peur est un élément important en bourse. Pour moi, c'est un abus de langage car durant une guerre, on ne sait pas si on va gagner. Ici nous savons que nous passerons à travers, nous ne savons juste pas encore quand. Cela dit, je comprends et je ne condamne pas l'utilisation de ces termes puisqu'il il faut, plus chez nous qu'au Japon par exemple, mobiliser et discipliner la population."

Ne pas jeter le bébé chinois

Les propos plutôt rassurants de Mikael Petitjean ne cachent cependant pas la réalité belge. Notre pays, à travers l'ouverture de son économie, est particulièrement exposé. "Le tissu économique belge est principalement composé de petites et moyennes entreprises et s'oriente vers l'international, via l'importance de ses exportations. J'entends déjà des discours de repli sur soi. Je pense qu'il faut être prudent car en étant trop protectionniste, on incite nos partenaires commerciaux à faire la même chose avec nous... Ce serait se tirer une balle dans le pied."

Enfin, se posera à terme la question de l'après. L'impact macro et microéconomique du coronavirus se fait déjà fortement ressentir et des voix s'élèvent pour revoir totalement nos manières de produire et de consommer. "Il faudra d'abord réfléchir à notre gestion des stocks, et ensuite à une façon de pouvoir plus facilement modifier les chaines de production en essayant de dépendre moins de sociétés situées à des milliers de kilomètres. Cependant, et c'est important, il ne faudra pas jeter le bébé avec l'eau du bain : le consommateur européen a profité des relations commerciales avec la Chine pour se procurer des produits à moindres coûts. On ne peut pas s'en défaire totalement. Il s'agira, quand tout sera fini, de réfléchir à ce que nous voulons, à cette tension entre prix et qualité."

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