Covid-19 : certains pays ne confinent pas leurs populations. Est-ce dangereux?

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Les Pays-Bas ont pris la décision de ne pas se replier sur eux-mêmes, à l’inverse de beaucoup d’autres pays européens. Si cette stratégie peut sembler irresponsable du point de vue de nos pays latins confinés, il ne faudrait pourtant pas leur jeter la pierre trop vite.

L’un après l’autre, comme des dominos, chaque pays adopte une quarantaine totale. L’Italie puis l’Espagne, la France, peut-être bientôt la Belgique … Et pourtant, certains États tout proches ont décidé de ne pas suivre le mouvement. C’est le cas du gouvernement de Mark Rutte aux Pays-Bas. Si quelques établissements sont fermés, pas question pour eux de confiner leurs populations à la maison. Sont-ils irresponsables ou est-ce plus compliqué que cela ?

La stratégie d’immunité collective : pas une si mauvaise idée

Répondre à cette question est en réalité un véritable défi. Les épidémiologistes débattent depuis le début de la crise sur la pertinence de la stratégie de confinement et de la proposition contraire, celle de l’immunité collective. Selon cette dernière, si la maladie se propage normalement, la population développera une immunité qui signera la fin de la pandémie. Pour comprendre cette polémique entre spécialistes, il faut voir quelle logique sous-tend ces deux tactiques. Dans le cas du confinement, on fait l’hypothèse d’une dangerosité du Covid-19. Il faut donc protéger la population le plus possible pour limiter la propagation.

Mais ce n’est pas l’avis de tous les spécialistes. « Tout dépend des estimations du nombre de personnes infectées. Il y a probablement beaucoup de cas asymptomatiques, 30% selon certains chiffres. Quelques épidémiologistes sont d’avis que, dans la grande majorité des cas, le Covid-19 est un virus bénin, on peut le laisser se propager tout en renforçant les capacités hospitalières pour gérer les cas plus graves. On peut aussi se dire que plus vite un grand nombre de personnes seront infectées, plus le coronavirus aura du mal à se propager. À terme, cela aboutirait alors à une fin plus précoce de l’épidémie », explique Michel Moutschen, clinicien spécialisé dans les maladies infectieuses à l’ULiège.

Les Pays-Bas font donc un pari simple : si le virus est si répandu que cela, ne serait-il pas tout simplement illusoire de vouloir l’arrêter ? On ne sait même pas s’il disparaîtrait en avril-mai comme d’autres coronavirus (le rhume est par exemple dû à 30% par ceux-ci). Leur choix s’est donc porté vers cette option d’immunité collective, moins dommageable pour l’économie ou même l’état psychologique de la population.

Une tactique qui manque de certitudes

« A titre personnel, je trouve que la stratégie d’immunité collective n’est pas nécessairement une mauvaise idée. Mais il y a un prix. Il faut que la population se rende bien compte que cela peut avoir à court terme des conséquences importantes avec un taux de décès plus élevé, notamment chez les personnes fragiles. Mais en échange, l’épidémie s’arrêterait de façon plus précoce », précise Michel Moutschen.

Pour autant, la stratégie des Pays-Bas est contestable. « Le concept d’immunité collective n’est pas formellement établi. Certaines personnes contaminées développeraient des anticorps permettant de ne plus être infectées mais on ne sait pas si 100% des patients feraient pareil ». Cette autre incertitude fait notamment pencher l’OMS vers une stratégie de confinement. « Chacun fait ce qu’il peut. Il y a des modèles divergents. Tout ce que l’on peut dire à ce sujet, c’est relever ces inconnues. Personne ne sait vraiment quoi faire pour agir au mieux. Il y a de nombreux facteurs que l’on ne connaît pas. Ces différences de stratégie relèvent donc de paris », conclut Michel Moutschen.

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