Les jeunes sont-ils plus porteurs du coronavirus ?

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Des données venues de Corée du Sud bousculent nos croyances sur le nouveau coronavirus. 

Nous l’avons écrit et répété : les personnes âgées sont les plus susceptibles de mourir du coronavirus, quitte à laisser sous-entendre que le reste de la population n’était pas concerné. C’est faux, aucune tranche d’âge n’est épargnée. En Corée du Sud, qui a mené une campagne massive de dépistage pour endiguer l’épidémie, près de 30% des cas positifs ont entre 20 et 29 ans, selon un récent graphique. Et 8,7% seulement ont plus de 70 ans. 

Lorsque les chiffres sud-coréens sont comparés à ceux diffusés en Italie, la différence est flagrante. Dans la botte, qui vit une période dramatique, la courbe est totalement inversée : les personnes entre 70 et 79 ans sont les plus touchées (22,2%), suivi de près par les plus de 80 ans (19,1%), tandis que les 20 à 29 ans n’atteint que 3,7% en Italie. 

Ne pas confondre malade et positif

Pour le virologue Jean Ruelle, il existe une raison simple à cette différence. “Cela correspond à des stratégies pour réaliser des tests qui sont différentes”, explique le chercheur qualifié à l'Institut de recherche expérimentale et clinique de l’UCLouvain. “En Corée du Sud, ils ont mis en place un système de dépistage assez large et massif. En Italie, les tests ont été réalisés seulement chez une série de personnes qui présentaient des symptômes. Finalement, les courbes ne montrent donc pas la même chose : qui est malade d’un côté, et qui est positif de l’autre. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose”, compare l’expert.

“Ce qui a pu être mesuré en Corée du Sud est tout à fait plausible chez nous

Bien qu’elles doivent être prises dans un certain contexte, les données sud-coréennes indiquent tout de même une vérité qui n’est peut-être pas assez souvent répétée : “les jeunes peuvent tout à fait aussi bien être contaminés, et produire des cas secondaires, en présentant des symptômes beaucoup plus légers”, alerte Jean Ruelle, affirmant que “ce qui a pu être mesuré en Corée du Sud est tout à fait plausible chez nous”. 

Le profil du patient belge

En Belgique, les personnes les plus touchées ont entre 40 et 60 ans, selon le rapport de l’Institut de santé publique Sciensano publié ce lundi. Mais ce dernier montre également que personne n’est épargné. La plupart des patients atteints du Covid-19 hospitalisés ont entre 70 et 90 ans, mais des cas plus jeunes ont également été enregistrés. 

Les données sud-coréennes ne changent rien au fait que plus la personne est âgée, plus le risque de développer des symptômes graves est important. “Lorsqu’on regarde les cinq décès confirmés pour le moment par les autorités belges, ce sont que des personnes âgées”, soulignait le virologue de l’UCL, avant que cinq autres décès - dont l’âge n’était pas encore connu lundi soir - ne gonflent le bilan à 10 morts en Belgique. “Mais cela n’exclut pas que les jeunes puissent avoir des symptômes. Par rapport à l’analyse de Sciensano, il reste toujours cette possibilité que, dans les cas qui n’ont pas été dépistés, il y ait peut-être un peu plus de jeunes asymptomatiques ou avec des symptômes plus légers.” 

Pas de pénurie de tests

Faudrait-il alors dépister massivement, comme en Corée du Sud ? Pour Jean Ruelle, la réponse est non. Trop compliqué, premièrement. Mais aussi peu utile. L’épidémie étant encore croissante en Belgique, “peu importe qu’on ait détecté tout le monde, c’est suffisant pour devoir prendre des mesures fortes”. Pour que ces dernières prennent effet, l’expert affirme qu’il faudra attendre une ou deux semaines “que les personnes contaminées se manifestent et arrêtent de transmettre le virus aux autres”. 

Le virologue tient également à rassurer concernant les tests : “il n’y a pas de réelle pénurie en vue”. Les différents hôpitaux du pays ont développé leurs propres tests afin de réaliser un premier screening, avant de transférer les cas positifs au Centre National de Référence (CNR) de l'UZ Leuven. “Mais comme on ne sait pas combien de semaines cela va durer, il faut être prudent.” 

En date du 15 mars, la Belgique comptait 1058 cas positifs, dont plus de 250 patients étaient hospitalisés. Il ne fait aucun doute que ces chiffres officiels sont sous-estimés et évolueront lors des prochains jours. Pour aplatir cette courbe, le mieux à faire, c’est de rester chez soi et d’éviter tout contact social

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