Les médecins face au coronavirus : “On a l’impression d’aller à la guerre”

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Réquisitionné au front, le personnel soignant lutte contre le coronavirus, risquant la contamination, mais aussi l’épuisement. La tempête est pourtant loin d’être passée.

"Je suis épuisée." De garde ce week-end, Sophie Besancenot, médecin généraliste, est en première ligne face au coronavirus. Alors que l’épidémie continue de gagner du terrain, elle a pu ressentir l'inquiétude des patients après les mesures annoncées par le gouvernement fédéral jeudi soir. "Les gens paniquaient. J’en ai eu en pleurs au téléphone parce qu’ils avaient peur d’être malades. Le téléphone sonne tout le temps, cela devient même compliqué de répondre et d’écouter tout le monde", confie-t-elle, alors qu’ils doivent faire face au même moment, comme chaque année, à une épidémie de grippe. Exposés, les médecins, victimes d’une pénurie de masques, ont peur, eux aussi, de tomber malades. "Le matériel pourrait suivre par la suite, mais, dans la longueur, nous risquons d’avoir un problème avec le personnel soignant", craint celle qui exerce dans une maison médicale à Wavre. "Si je l’attrape, je ne pourrai plus travailler et si on commence tous comme ça, ce sera la catastrophe."

Les deux prochaines semaines vont être les pires.

Le pire reste à venir

Le rôle des médecins généralistes est en effet primordial : désengorger le plus possible les hôpitaux et éviter les contaminations intra-hospitalières. Surtout que le pic épidémique n’est pas encore atteint, selon les experts. "Les deux prochaines semaines vont être les pires", alerte Sophie Besancenot qui, selon la procédure, ne consulte plus que par téléphone. Les hôpitaux s’y préparent. "Pour l’instant, ce sont les médecins généralistes qui trinquent. Dans les hôpitaux, nous sommes davantage en phase pré-apocalypse", compare Valentine Devillet, assistante anesthésiste. Au repos, la jeune femme est appelée à se tenir prête à affronter la tempête. "On a l’impression de se préparer à aller à la guerre", confie-t-elle, angoissée par cette situation inédite. "On ne sait pas vraiment vers quoi on se dirige, on ne peut pas non plus prévoir le nombre de patients qui vont arriver. On a peur aussi d’exposer nos proches, s’inquiète l’assistante anesthésiste qui a doublé ses gardes. Les mesures sont prises, mais il y a encore beaucoup d’incertitudes".

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© BELGA IMAGE/Iakovos Hatzistavrou

Un ennemi inconnu

Il est vrai que de nombreuses questions et doutes persistent à propos du coronavirus, et de sa propagation. "On reste dans un grand flou", avoue Sophie Besancenot qui, mardi dernier, avait encore une salle d’attente remplie de patients. Se basant sur les données des Chinois, elle a appris de nouvelles informations à propos notamment des symptômes. "Parmi toutes les personnes qui avaient été testées en Chine, il y a quand même 4% qui ne présentaient que des symptômes digestifs. C’est la première fois que j’entendais ça", explique la femme médecin, soulignant que ces informations n’ont pas encore été confirmées, ni officialisées. Tout comme à propos des femmes enceintes ou des effets des anti-inflammatoires, "nous ne sommes pas encore sûrs". "Les enfants de deux ans seraient quand même des excréteurs, ils contamineraient beaucoup comme pour tout autre virus. De nouveau, cette information n’a pas encore été confirmée. Nous sommes sûrs de rien pour le moment."

Celles et ceux présents sur le terrain n’attendent pas d’avoir résolu toute l’énigme “coronavirus” pour agir, ou prendre leurs précautions. Dans les hôpitaux, sans données exactes quant au nombre de patients attendus, l’heure est au déménagement pour faire un maximum de place. Ils doivent également cesser toute chirurgie non-urgente et non-oncologique, ainsi que toute consultation facultative. Le but ? "Préserver le personnel soignant pour qu’au moment du pic de l’épidémie, le plus de personnes disponibles possible soient présentes."

L’Italie comme contre-exemple

La Belgique veut à tout prix éviter la même situation qu’en Italie, où 368 personnes sont mortes en l'espace de 24 heures, portant le dernier bilan publié dimanche à 1.809 décès dans le pays le plus touché d’Europe. "Ce qui nous fait vraiment peur, c’est le drame italien. Et de se retrouver à ne pas pouvoir sauver tout le monde et à devoir faire une sélection", redoute Valentine Devillet. De son côté, Sophie Besancenot pense que la Belgique a pris plus de précautions que l’Italie, "et plus tôt". "Nous avons la capacité en tout cas d’éviter cette situation", mais pour cela il faut respecter les mesures officielles, affirme-t-elle.

Les deux professionnelles de la santé demandent à tous les citoyens belges de rester le plus possible chez eux, et de rester informés. "Pensez aux autres, ne pensez pas qu’à vous ! Il ne faut pas céder à la panique, mais il ne faut pas non plus minimiser la situation. Respectez les mesures de confinement sinon le virus continuera de se propager !"

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