Un patient confiné : "Nous ne sommes pas tous égaux face au Covid-19"

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Placé en quarantaine chez lui, un patient considéré comme « à risque » nous raconte son expérience.

Antoine* (prénom modifié) a 38 ans. Il est récemment parti skier en Haute-Savoie. Rentré de vacances, il s’est mis à tousser, à faire de la fièvre et à être pris de violentes courbatures. Il est depuis confiné chez lui, considéré comme « patient à risque ». Témoignage.

Avant tout, comment vous sentez-vous?

Aujourd’hui, la toux est tenace et les problèmes respiratoires sont toujours là. Mais le gros de la maladie est derrière moi (sensation d’étouffement, fièvre, etc.). Je suis malade depuis une dizaine de jours. Au début, les symptômes sont les mêmes qu’une grippe classique. Ensuite, c’est extrême fatigue, maux de crâne, toux ingérable, courbatures au dos et aux jambes. Pour préserver les autres, je suis en quarantaine.

Quelle a été votre réaction quand vous avez senti que vos symptômes persistaient après être rentré de vacances ?

Dans ces cas-là, le bon sens, c’est d’appeler son médecin traitant. Sauf qu’actuellement, le mot d’ordre est le suivant pour tous les généralistes : la consultation se fait par téléphone pour tous les patients qui se réclament d’une grippe. Le corps médical se protège. C’est compréhensible. Si tous les médecins sont atteints par le virus, qui sera là pour aider les malades les plus gravement touchés ? Mon médecin m’a donc prescrit des médicaments. Sauf que la toux et les problèmes respiratoires ont persisté.

Du coup, vous vous êtes rendu à l’hôpital….

Oui. On m’a demandé si j’avais consulté mon médecin traitant. Ensuite, j’ai attendu plusieurs heures avec un masque sur la bouche. Des infirmiers m’ont interrogé sur mon état de santé général. Puis j’ai vu un docteur, qui m’a expliqué que tous les frottis n’étaient plus possibles car il y en avait plus assez. Pour être « officiellement » touché par le Covid-19, il faut réaliser un frottis et être testé positif. Mais les tests sont maintenant réservés aux membres du corps médical belge, par principe de précaution. Ces frottis sont actuellement en rupture de stock. Comme d’autres Belges, je suis peut-être atteint du Covid-19, mais sans test c’est impossible de l’affirmer à 100%. C’est pour ça que je suis considéré comme « patient à risque ». Donc, il existe un décalage entre la réalité et les chiffres officiellement communiqués sur le nombre de contaminations.

Vous êtes donc confiné à la maison, en famille. Comment on s’organise en quarantaine ?

On adapte un peu nos habitudes. Plus de bisous pour l’instant, beaucoup de lavages de mains. On fait attention de bien tousser dans son coude, de prendre ses médicaments, de se tenir à plus ou moins un mètre de son partenaire…. Je suis régulièrement en contact avec mon médecin traitant, par téléphone. Il assure le suivi. Il se veut rassurant. Il m’informe au gré des évolutions des décisions au plus haut niveau. Les choses évoluent. Quand il m’a demandé d’aller au CHU, il était persuadé qu’il resterait des frottis par exemple. La phase la plus aigüe de la maladie, est vraiment violente, éreintante. On doit éviter de voir nos parents. Ils sont plus âgés, plus fragiles. Nous ne sommes clairement pas tous égaux face à ce Covid-19.

Comment occupez-vous vos journées en attendant ? Vous passez votre journée sur Netflix ? Vous avez lu toute votre bibliothèque ?

Pour l’instant, je parcours le web en quête d’informations sur le virus et ses dernières évolutions. Ce qui se passe en Italie est interpellant. Il faudrait être naïf pour penser que ce qui arrive aux Italiens ne nous concerne pas. La première chose que j’ai regardé sur Netflix ? Une série-documentaire, Pandémie ( !!). Pour le moment, je cherche surtout à comprendre, je suis comme tout le monde, dans l’inconnu. Sinon oui, c’est l’occasion de lire, de réapprendre à vivre autrement. Cette épidémie n’est pas à prendre à la légère. Elle en dit beaucoup sur la réalité de nos sociétés interconnectées.

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