Coronavirus: à quand le vaccin?

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Une vingtaine de pays cherchent la recette miracle. Mais elle ne sera pas commercialisable avant 2021. Sans compter que la Belgique pourrait ne pas être prioritaire.

En attendant les Jeux olympiques de Tokyo cet été, qui pourraient être reportés à cause de l’épidémie, voire carrément retirés au Japon, la compétition internationale a lieu dans les laboratoires. Sur la ligne de départ, une vingtaine d’équipes de chercheurs se sont positionnées, dont une de l’Université catholique de Louvain (KUL). Toutes recherchent le Graal en ce temps de crise sanitaire, la recette qui calmera les peurs des citoyens qui dévalisent les magasins de leurs paquets de riz: le vaccin contre le Covid-19. Si on peut agir autrement contre la contagion (lire encadré), il est sans conteste le moyen le plus efficace pour éliminer les maladies infectieuses. ”La vaccination a permis d’éradiquer la variole et de réduire de 99 % l’incidence mondiale de la poliomyélite”, illustre l’expert au comité mondial de sécurité vaccinale de l’OMS et président du département de pharmacie à l’UNamur Jean-Michel Dogné. “Non seulement la vaccination permet de réduire l’incidence de la maladie parmi la population vaccinée, mais aussi chez les personnes non vaccinées en réduisant le réservoir humain du germe.” À ce stade, les scientifiques chinois mènent le peloton. Les premiers essais cliniques pourraient débuter chez eux dès le mois d’avril. Dans cette course folle, ils sont suivis de près par les États-Unis dont le président presse ses équipes pour sortir un produit dans “quelques” mois seulement. Si la situation empirait, il faut dire que Trump pourrait le payer aux élections de novembre. Lors d’une réunion au sommet, dont la vidéo a été largement partagée, le docteur Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses, l’a remis à sa place: ”Dans trois mois, vous n’aurez pas un vaccin à déployer, mais un vaccin pouvant être testé”. Les bras croisés et faisant la moue, Trump a bien été obligé de revoir ses ambitions. Les chercheurs n’annoncent aucune commercialisation avant l’an prochain… au plus tôt, car réaliser les essais sur toutes les populations selon l’ethnie, le sexe et surtout l’âge, soit tous les critères qui peuvent influencer l’efficacité d’un produit pharmaceutique, prend du temps.

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Solidarité internationale

Si ce délai peut paraître long face à l’urgence, il est en fait particulièrement court. D’ordinaire, la recherche et le développement prennent au moins 5 à 10 ans. Dans certains cas, notamment le VIH, cela fait 30 ans que les scientifiques cherchent sans trouver la formule. Heureusement dans le cas présent, les formes précédentes du coronavirus – le SARS et le MERS - ont permis d’avancer dans la recherche en amont. De plus, ”l’urgence nous oblige à avancer plus vite en attribuant plus de professionnels sur ce projet, établit le docteur Emmanuel Hanon, responsable de GlaxoSmithKline (GSK) pour la recherche et le développement des vaccins au niveau mondial. Les autorités de santé publique accélèrent également les procédures d’approbation. Enfin, les tests sont plus faciles à réaliser dans une situation qui compte déjà énormément de cas à étudier. Cela, évidemment, sans sacrifier la qualité et l’innocuité”. Pour vaincre cette course contre la montre, il serait contre-productif que chaque pays s’affronte bête- ment dans un jeu de concurrence capitaliste. Les diverses firmes pharmaceutiques et les labos ont choisi de s’échanger des informations, notamment par l’intermédiaire de la Coalition pour l’innovation en matière de préparation aux épidémies (CEPI). GSK a ainsi proposé à divers partenaires de mettre à disposition gratuitement ses connaissances et ses technologies sur un adjuvant, un composant qui permet de produire une plus grande quantité de produit et d’améliorer la réponse immunitaire de la personne vaccinée. Une collaboration a notamment été mise en place avec la société biopharmaceutique chinoise Clover. “Le principe de la recherche est qu’on ne sait jamais si ce qu’on va trouver va fonctionner, explique le docteur Emmanuel Hanon. On pense savoir quoi mettre dans le vaccin contre le Covid-19 par analogie aux cas de SARS et MERS, mais la certitude à 100 % n’existe pas. Le fait qu’une vingtaine d’entités s’activent simultanément est positif. Il y a ainsi plus de chances qu’une équipe trouve la bonne recette.” La trouver ne suffira pas à crier victoire. Il faudra pour cela répondre à deux autres questions. D’abord, celle du prix. Certes, la plupart des experts, guidés par les impératifs de santé publique, placent cette interrogation au second plan dans les interviews. Elle est pourtant essentielle. Il est cela dit difficile d’estimer le coût d’une telle opération de recherche. On parle probablement en milliards de dollars à l’échelle planétaire. Il fallait un républicain américain pour soulever le débat redouté… Alex Azar, secrétaire d’État à la Santé, l’a fait: ”Nous voudrions affirmer que nous travaillons pour rendre le vaccin accessible, mais nous ne pouvons contrôler les prix, car nous avons besoin des investissements du secteur privé. La priorité est de l’obtenir. Contrôler les prix ne nous permettra pas d’y arriver”.

Les Belges, pas prioritaires?

Cela nous amène à la seconde question: une fois le produit d’immunisation disponible, qui pourra en bénéficier? Les quantités qui seront dans un premier temps mises sur le marché seront insuffisantes pour répondre à la demande, à moins que le virus ne disparaisse de lui-même d’ici l’an prochain (il pourrait ne pas survivre aux chaleurs estivales). ”Il est clair que les quantités disponibles représentent un challenge, confirme le docteur Hanon. Les autorités devront probablement établir un ordre de priorité, vacciner le personnel médical et les publics à risque en premier.” Sur le plan international aussi, des inégalités apparaîtront. On se souvient en 2009 lorsque le H1N1 a sévi, certains pays en voie de développement, notamment africains, ont été délaissés. Cette fois-ci, la Belgique pourrait être victime de cet arbitraire, comme l’indique Jean-Michel Dogné: “Le prix des masques a flambé et le risque de pénurie est mondial! La Belgique doit semble-t-il importer ces masques et des pistes pour se fournir sont à l’étude. La problématique est que la Belgique risque de ne pas être prioritaire en raison de sa taille et du fait que nous sommes actuellement un pays relativement peu touché. La même réflexion de concurrence d’accès à un vaccin éventuel se posera forcément. Par contre, dans un même pays, il revient aux autorités de développer les stratégies d’accès prioritaires”.

Traiter et prévenir

Le vaccin n’est pas le seul moyen de lutte contre l’épidémie. Pour limiter la contagion, il est conseillé d’adopter une hygiène irréprochable, comme on ne cesse de le rappeler, en se lavant les mains régulièrement. Des médicaments curatifs pourraient par ailleurs être disponibles avant le vaccin, peut-être déjà cet été. Des labos travaillent sur deux produits en particulier: le remdesivir, développé initialement contre le VIH et dont les essais commencent ce mois-ci, et la chloroquine, d’ordinaire utilisée contre le paludisme. Néanmoins, les résultats n’ont pas encore été validés et méritent des analyses cliniques supplémentaires.

 

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