Des avions forcés de voler à vide à cause du coronavirus?

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Selon plusieurs titres de presse, les compagnies aériennes, en manque de clients du fait de l’épidémie actuelle, feraient quand même voler une partie de leurs flottes sans passagers. Objectif : se conformer à une règle européenne les obligeant à assurer un certain nombre de vols. Scandaleux en termes environnementaux? Il faut d'abord nuancer la véracité de ces allégations.

Depuis deux jours, la nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre dans les médias européens. A en croire « The Times » et « Business Insider », des avions décolleraient… sans passagers. Des compagnies aériennes, notamment britanniques, auraient ainsi pour objectif de se conformer à une règle européenne surnommée « use it or lose it ». Selon cette dernière, si une compagnie n’effectue pas 80 % de ses vols prévus, elle perd son créneau (ou slot). Pour atteindre ce seuil malgré la baisse de clients à cause du coronavirus, certains n’hésiteraient donc pas à faire voler des avions « pour rien » et tant pis pour l’écologie. Plusieurs éléments confirment que cette question est bien réelle. 

Les appels à agir se multiplient

Toute la polémique part d’une annonce de l’Association internationale du transport aérien (IATA), qui fédère 290 compagnies aériennes. Le 2 mars 2020, celle-ci appelle la Commission européenne à suspendre la règle du 80/20 pour toute la saison en raison du coronavirus, comme en 2003 avec l’épidémie du SRAS. C'est que la situation est urgente : les pertes de chiffres d’affaires dans l’aviation seraient comprises entre 63 et 113 milliards de dollars rien que le transport de passagers. La compagnie Flybe a même déjà déposé le bilan et il ne faudrait pas que d’autres subissent le même sort.

Peu après, Grant Shapps, secrétaire d'Etat aux Transports britannique, lance un appel similaire. Idem pour Bruno Le Maire, ministre de l’Économie en France. Aux Pays-Bas, il est explicitement question d’adopter cette mesure pour protéger la compagnie KLM, fleuron de l’industrie néerlandaise. Les autorités s’évertuent donc à prouver que l’on fait face à des « circonstances imprévisibles et irrésistibles »... pour éviter les "vols fantômes".

Des vols seulement pour des créneaux ? « C’est une affirmation à relativiser »

Pour autant, il y a-t-il autant que cela d’avions vides dans l’espace aérien ? Selon Didier Hocq, manager chez « Belgium Slot Coordination », il faut « se méfier de ceux qui disent que des opérateurs volent à vide ». Il rappelle que, même en temps normal, il arrive que des vols soient vides pour pouvoir prendre des passagers ailleurs. Il reste même sceptique sur la plus grande occurence de ce type de phénomène avec le coronavirus. "Cela reste à démontrer", dit-il. Et concernant les créneaux ? « Les compagnies aériennes ne sont pas assez stupides pour faire voler des avions à vide juste pour préserver les slots. Nous n'avons pas noté d’éléments qui permettraient de confirmer cette affirmation, si ce n'est que les compagnies annulent tous les vols qu’elles jugent nécessaire d’annuler », affirme Didier Hocq.

Cela ne l’empêche pas néanmoins de suivre de près la décision à venir de la Commission européenne. Sur ce point justement, un nouvel élément devrait mettre définitivement un terme à cette polémique. Ce mardi 10 mars, la présidente de la Commission européenne a pris la parole lors d’une conférence pour s’exprimer sur le sujet : « Nous souhaitons que les compagnies aériennes puissent conserver leurs créneaux horaires, même si elles n’exploitent pas d’avions dans ces créneaux du fait de la baisse du trafic. Il s’agit d’une mesure temporaire pour aider autant les entreprises que l’environnement […] en évitant le phénomène des "vols fantômes" quasiment vides ».

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