Accord Airbnb - Union européenne: « aucune avancée importante » pour la ville de Bruxelles

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Le 5 mars dernier, la Commission européenne a trouvé un terrain d’entente avec les grandes plateformes de location pour qu’elles partagent leurs données. Mais pour la Ville de Bruxelles, ce n’est ni plus ni moins qu’un leurre. Pas de quoi résoudre la pénurie de logements au centre-ville.

Une avancée « historique » ! C’est le mot utilisé par la Commission européenne pour qualifier son accord avec les grands sites de location et de réservations de logements particuliers : Booking, Expedia, TripAdvisor et surtout Airbnb. Désormais, ces plateformes livreront à la direction statistique européenne, Eurostat, des données sur les locations de courte durée.

Cette disposition est destinée à répondre aux craintes croissantes des grandes villes européennes qui s’inquiètent du manque de logements disponibles, ceux-ci étant réservés aux touristes de passage. « Pour la première fois, nous allons obtenir des données fiables qui nous permettront d'alimenter nos discussions en cours avec des villes dans l'ensemble de l'Europe », s’émerveille le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton. Cet accord est-il si fantastique pour autant ? Pas pour la Ville de Bruxelles qui se montre au contraire très critique.

Des données insuffisantes et une législation dépassée

Selon l’échevine à l’Urbanisme de Bruxelles, Ans Persoons, « on ne constate avec cet accord de la semaine dernière aucune avancée importante. Les données dont il est question ici ne sont pas celles qui nous permettraient réellement d’identifier les locations illégales. Ce dont nous avons besoin, ce sont les noms et les adresses des personnes qui sont concernées. Or, rien de tout cela n’apparaît dans les données soumises à Eurostat ». En effet, parmi ces fameuses données, on ne trouve que des informations sur le nombre de nuitées, de clients ou encore de lits, mais rien de significatif sur les bailleurs et donc sur ceux qui loueraient leurs biens hors du cadre légal.

Cet accord ne serait-il dès lors qu’un écran de fumée ? « Tout à fait », répond l’échevine. « Nous n’avons toujours pas les moyens d’action et le cadre légal nécessaires pour agir concrètement. Nous ne pouvons pas faire plus que les contrôles que l’on fait déjà. Mais outre les données, il faut aussi que la directive sur le commerce électronique soit adaptée. Elle date de l’an 2000 et est totalement dépassée au vu de l’évolution du marché. On demande qu’il y ait une phase d’action et un accord européen réel », insiste Ans Persoons.

Des logements pris en otage

La situation se fait de plus en plus urgente. 47.451 ménages sont en attente d’un logement social. Le loyer moyen a quant à lui augmenté de 20 % en 14 ans en région bruxelloise. « Nous avons besoin de logements abordables alors que parfois, des promoteurs immobiliers achètent des bâtiments entiers pour les dédier à la location touristique. Bruxelles n’est peut-être pas aussi touchée qu’une ville comme Paris mais nous pâtissons aussi de cette situation. Parmi les demandes pour créer des logements touristiques, nous avons opposé 500 refus pour limiter la pénurie, notamment en centre-ville ». Le problème, c’est qu’après ces refus, soit les personnes concernées reconsidèrent leurs demandes et se soumettent aux règles, soit elles passent outre et entrent dans l’illégalité. « C’est pour cela que nous faisons des contrôles mais il nous faut aussi une liste des logements concernés que seule Airbnb pourrait nous fournir », conclut l’échevine.

Selon un décompte réalisé par le site indépendant « Inside Airbnb », on compte sur toute la région bruxelloise près de 7.300 annonces. La grande majorité de celles-ci sont situées à l’ouest du pentagone bruxellois ainsi qu’au sud-est du centre, dans les communes d’Ixelles et Saint-Gilles notamment. Parmi ces annonces, 65 % concernent des immeubles ou des appartements entiers.

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