Statistiques sur les violences sexuelles : la Belgique dans le brouillard

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Un jeune sur quatre a-t-il vraiment déjà subi un viol ? On revient sur les résultats du dernier sondage d’Amnesty International et sur l’absence de statistiques officielles en Belgique.

Un Belge sur deux a été exposé au moins une fois dans sa vie à une forme de violence sexuelle ; 20% des femmes et un jeune sur quatre déclarent avoir déjà subi un viol. Les résultats du dernier sondage d’Amnesty International Belgique sont plus qu’alarmants. Mais nécessitent d’être remis dans leur contexte. Rappelons avant tout qu’il s’agit d’un sondage, réalisé entre septembre et octobre 2019 auprès de 2300 personnes en Belgique.

48% des Belges exposés à une forme de violence sexuelle

Il faut d’abord savoir de quoi on parle : quelle est la définition utilisée par Amnesty dans son sondage ? Pour l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la violence sexuelle est définie comme « tout acte sexuel qui est commis à l'encontre d'une personne. Il peut être commis par une personne indépendamment de sa relation avec la victime, dans tout contexte.  Pousser une personne à des actes sexuels contre sa volonté, que cet acte ait été commis intégralement ou non, ainsi qu'une tentative d'associer une personne à des actes sexuels sans que cette dernière ne comprenne la nature ou les conditions de l'acte ou sans qu'une personne agressée puisse refuser de participer ou puisse exprimer son refus parce qu’elle est ivre, droguée, endormie ou atteinte d’incapacité mentale ou en raison de l'intimidation ou de la pression ».

En clair : est considérée comme violence sexuelle tout acte lié à la sexualité et réalisé sans consentement, où lorsque la personne agressée n’est pas capable d’exprimer son désaccord (parce qu’elle dort, parce qu’elle est ivre, parce qu’elle est en incapacité mentale de le faire).

La définition de l’OMS n’a pas été retenue pour le sondage. « Elle n’est pas très parlante pour le commun des mortels. On a préféré proposer différentes situations précises, qui sont des formes parmi d’autres de violence sexuelle. L’idée n’était pas d’être exhaustif, mais de donner un aperçu de la situation» explique Zoé Spriet-Mezoued, d’Amnesty International Belgique. 48% des 2300 personnes sondées se sont donc reconnues victimes dans au moins des situations suivantes : harcèlement verbal à caractère sexuel répété ; violence forcée par un partenaire ; attouchements ; être photographié sans avoir donné son accord ; sollicitation sur Internet d’un mineur par une personne majeure ; viol.

Petite précision : le sondage met en lumière que ce sont les femmes, en grande majorité, qui sont victimes de violences sexuelles, à l’exception des faits de sollicitation d’un mineur par une personne majeure, où les jeunes garçons sont également concernés.

1 jeune sur 4 victime de viol

Autre donnée complètement effarante : 1 jeune sur 4 déclare déjà avoir subi un viol. Mais dans quelle proportion les filles sont-elles davantage concernées ? Ici, les données publiées par Amnesty ne permettent pas de ventiler les résultats. Le nombre de répondants au sondage masculins de 15 à 25 ans et féminins du même âge n’étaient pas assez suffisants, et la marge d’erreur trop grande que pour donner une indication statistique fiable. « N’oublions pas que nous avons réalisé un sondage, pas une étude scientifique. Il indique une tendance, pas des données officielles à jour », précise Amnesty International Belgique.

Des chiffres officiels à jour : l’ONG serait bien en peine de les donner, puisqu’en l’état, elles n’existent pas. « Soit parce que les chiffres sont à ce point dramatiques que les autorités ont peur de les publier, soit parce que le système de collecte des données est archaïque » glisse Zoé Spriet-Mezoued.

Chiffres Noirs

Il est en effet très compliqué de trouver des statistiques officielles à jour sur les violences sexuelles. Prenons les cas de viols : ni les rapports du SPF Justice, ni les données présentées sur le site de la Police Fédérale ne permettent de savoir combien de dossiers pour viol ont été ouverts en 2019, ni de condamnations enregistrées.

 En 2017, Elke Sleurs (N-VA), déclarait qu’il était « réaliste de considérer que chaque jour, 100 femmes, hommes ou enfants sont victimes de viol ». La secrétaire d’État à l’Égalité des chances de l’époque se basait sur des statistiques de 2015, faisant état de 2900 plaintes pour viol déposées en 2015, soit en moyenne 8 par jour. 100 victimes de viol par jour : c’est énorme, mais pas automatiquement exagéré. Pourquoi ? Parce que le « chiffre noir », soit le nombre de viols qui ne sont pas dénoncés à la police, est probablement très élevé, selon de nombreuses études réalisées. Et quand une plainte est effectivement déposée, rien ne dit qu’elle va aboutir.

En 2019, la spécialiste en analyse du comportement criminel Danièle Zucker a réalisé une étude à la demande de la Commission européenne. Sur 100 dossiers de viol traités par la Belgique, 50% des auteurs sont restés inconnus. Parmi les 50 restants, 4 ont été jugés, 3 ont obtenu un sursis et 1 seul auteur a purgé une peine de prison.

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