Coronavirus : comment la Chine a réussi à contenir l'épidémie ?

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Le plus dur de l'épidémie est passé en Chine au prix de mesures radicales d'isolement social et de très haute surveillance.

Selon un rapport de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publié le 28 février après une mission d'experts en Chine, le pays a réussi ce que beaucoup d'observateurs pensaient impossible: contenir l'épidémie. De près de 2.500 nouveaux cas le 10 février, ce nombre a chuté à un peu plus de 400 deux semaines plus tard. Il y a quelques jours, la Chine a rapporté 200 nouveaux cas. Le pic de la maladie semble avoir été atteint fin janvier.

Comment cela a-t-il été possible ? Au prix « d'un effort parmi les plus ambitieux, agiles et agressifs de l'histoire », note le rapport. A savoir des mesures drastiques d'isolement social et de très haute surveillance de la population difficilement imaginables en Europe. Passons ces mesures en détail.

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Des villes mises en quarantaine

L'Etat chinois a mis trois semaines pour prendre la mesure de la gravité de l'épidémie de coronavirus. Mais une fois la situation prise en compte, les mesures ont été rapides et drastiques. La première a été l'isolement de la ville de Wuhan d'où est parti l'épidémie et de plusieurs villes de la province de Hubei. Concrètement, ce sont plus de 50 millions de personnes qui ont été confinées chez elles à partir du 23 janvier. Dans d'autres localités, les gens se sont mis volontairement en quarantaine. Les populations sont suivies attentivement par des autorités locales ou au niveau des quartiers. Selon le rapport de l'OMS, cette mesure, aussi radicale soit-elle, a permis de limiter fortement la propagation du virus.

Construction de deux hôpitaux en une semaine

Alors que Wuhan était isolée du reste du pays, les autorités ont construit deux hôpitaux dans la ville, spécialement dédiés au coronavirus, en une petite semaine. Médecins et personnels de santé ont été dépêchés de toutes les régions du pays pour s'occuper des patients infectés par le virus.

Arrêt des activités sociales

À partir du 23 janvier et pendant trois à quatre semaines, la Chine a tourné au ralenti. Voire a cessé toute activité. Entreprises, écoles, universités, théâtres et commerces fermés, événements culturels et sportifs annulés. Les rues étaient vides, le pays à l'arrêt, à tel point que les nuages de pollution qui surplombent les villes se sont dispersés.

Traçage et (très) haute surveillance de la population

C'est peut-être la mesure la plus impressionnante... Et la plus effrayante. Pour chaque cas confirmé, les autorités ont cherché à retracer tous leurs contacts. Dans la seule ville de Wuhan, 1.800 équipes de cinq agents ont tracé des dizaines de milliers de personnes qui avaient été en contact avec le virus.

Avant l'épidémie, la Chine s'adonnait à un traçage high-tech de sa population (reconnaissance faciale, chaque citoyen étant fiché numériquement). Durant l'épidémie, la surveillance a été facilitée grâce à AliPay et WeChat deux applications de payement mobile qui ont largement remplacé le payement liquide dans les centres urbains. Grâce à ces applis, le gouvernement a pu traquer le mouvement des personnes jusqu'à les empêcher de se déplacer si elles étaient confirmées comme infectées. Ces applications mobiles ont en effet offert un nouveau service à leurs utilisateurs : une sorte de feu de signalisation, un code de couleurs (rouge, orange, vert) donnant au citoyen une idée de son état de santé et l'autorisation ou non de sortir de son isolement.

« Conséquence de toutes ces mesures, la vie sociale a été sensiblement réduite », note le rapport de l'OMS. Mais ces mesures ont permis que les personnes infectées ne contaminent que le cercle familial au sein du domicile familial. Si bien que le virus n'avait plus nulle part où aller, ce qui a mis fin à la chaîne de transmission du virus. La Chine comptabilise 80.000 personnes infectées et près de 3.000 décès. Mais le bilan aurait pu être bien pire.

Gabriel Leung, médecin de Hong Kong qui a participé à cette mission de l'OMS, résumait la politique chinoise pour contenir l'épidémie au magazine Science Mag en ces termes : « C'est comme ça que l'épidémie a été mise sous contrôle, par une combinaison de bonne vieille mise en quarantaine et d'isolement social rendus efficaces par une politique de terrain au niveau du voisinage qui a été facilitée par l'intelligence artificielle et le big data ».

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