Deux Américains produisent 68 milliards de mélodies libres de droits pour contrer les accusations de plagiat

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Damien Riehl et Noah Rubin, deux avocats amateurs de musique, ont développé et diffusé gratuitement 68 milliards de mélodies pop. L'idée est de permettre aux artistes de s'en approcher sans risquer un procès pour plagiat.

Les accusations de plagiat dans la musique ne sont pas neuves. Mais elles portent à chaque fois gravement atteinte à la crédibilité de l'artiste soupçonné, durent des plombes et coûtent une blinde en frais juridiques. Robin Thicke, Pharell Williams, Sam Smith, Lana Del Rey et même le grand Georges Harrison ont un jour été accusés d'avoir copié le morceau d'un autre. Rien que cette semaine, Justin Bieber et le duo Kendrick Lamar/The Weeknd ont vu d'autres artistes (nettement) moins prestigieux remettre en cause l'originalité de leur démarche artistique. Bref, le risque de plagiat, volontaire ou non, est devenu un fléau pour l'industrie musicale. La crainte de la copie a remplacé celle de la panne d'inspiration.

Estimant qu'il fallait protéger la liberté de création, deux avocats américains spécialisés dans le droit d'auteur et musiciens à leurs heures perdues ont décidé de s'ériger en chevaliers blancs. Damien Riehl et Noah Rubin ont créé un algorithme capable de générer toutes les mélodies possibles en huit notes et douze temps, correspondant au rythme de la pop. À la manière d'un logiciel de piratage de mots de passe, il enchaine inlassablement les combinaisons de notes. Les avocats américains ont ainsi développé plus de... 68 milliards de mélodies qu'ils ont ensuite balancées sur Internet, les mettant à disposition des artistes.

Redonner le goût de la création

Comme Damien Riehl l'explique dans une conférence TEDx, en convertissant les notes en chiffres (do, ré, mi, ré, do, devient 1, 2, 3, 2, 1), ils préviennent et empêchent les poursuites pour plagiat. Ainsi, si un musicien produit une chanson s'approchant de près ou de loin de l'une de leurs mélodies, il ne devrait risquer aucune accusation. Les deux compères espèrent maintenant que d'autres prendront le relais pour d'autres styles musicaux.

On peut légitimement se demander comment réagiront les tribunaux, toujours prompts à protéger le moindre accord dont la sonorité se rapproche d'un obscur morceau subitement sorti du placard par un ayant droit. D'autant que, parfois, le système de copyright demeure efficace, dans les cas où la copie est avérée. L'idée de protéger les artistes reste cependant louable et si elle peut calmer la prolifération de procès pour plagiat, elle va peut-être sauver les fesses de certains artistes, voire leur redonner le goût de la création. En attendant, si l'on croit à leur théorie selon laquelle la musique, c'est des maths, on peut estimer qu'avec une base de données de 68 milliards de mélodies, Riehl et Rubin ont plié la pop.

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