Une petite séquence d'ADN, la nouvelle pièce de Myriam Leroy

Teaser

L'écrivaine-journaliste nous offre un court extrait de la pièce qui se jouera au Théâtre de la Toison d’Or à partir du 12 mars, inspirée par sa propre expérience. C’est tout frais, tout neuf…

Nous avons rencontré Myriam Leroy à l'occasion de la sortie d'ADN, qui éclaire l’une des dernières parts d’ombre de nos sociétés: la filiation anonyme. Une problématique qui touche de nombreuses personnes en Belgique. Extrait.

"Mon nez, mes pieds, mes doigts, tous ces traits que je ne partage avec personne. Ce sont peut-être ceux d'un inconnu. Qui est peut-être artiste ou chercheur. Qui est peut-être en prison. Qui a des enfants. Qui vote à gauche ou à droite. A vrai dire, ce qui m'importe surtout, c'est qu'il ne m'ait pas transmis de maladie. J'ai peut-être un frère. Ou deux, ou dix, ou alors des soeurs. Je les croise peut-être au supermarché ou dans le bus. 

Quand je raconte tout ça, les gens ne savent pas comment réagir. On sait ce qu'on doit faire avec les enfants adoptés, on sait ce qu'on doit faire avec les familles très recomposées, on sait ce qu'on doit faire avec presque tous les cas de figure qui peuvent se présenter. Mais avec les enfants de donneurs, on ne sait pas. On ne les connaît pas. Et il n'y a rien d'inscrit sur leur front. 

Même leurs parents ne savent pas toujours quoi leur dire  : la plupart improvisent comme ils peuvent. Ils font de leur mieux. 
De la procréation médicalement assistée, on connaît les parents, on a entendu des témoignages de donneurs, mais les enfants sont invisibles et muets.
  C'est l'angle mort du débat.

En Belgique on pense que 50 000 enfants sont nés suite à une procréation médicalement assistée. 50 000 c'est l'équivalent de la population de Saint-Gilles. C'est plus que le nombre de Philippe, de Pierre ou de Nathalie en Belgique. Plus que le nombre de Portugais en Belgique, plus que le nombre de Turcs. Et tout le monde connaît bien une Nathalie ou un Turc. Mais qui connaît ces enfants issus de la PMA  ? Et combien sont-ils parmi eux à être le fruit d'un don de sperme anonyme  ? Personne n'a tenu de registre. 

Personne n'a voulu. Le secret n'est pas compatible avec le recensement. Or, le secret est capital. Enfin, c'est ce que certains croient. Secret du mode de conception et secret du don. S'il n'y a plus secret, pensent-ils, alors il n'y a plus donneurs et il n'y a plus famille.. 
S'il n'y a plus secret, il n'y a plus fiction. Et s'il n'y a plus fiction, qu'y a-t-il  ? 

Il y a des enfants, dont beaucoup sont devenus adultes, il y a des individus qui peuvent, quand ils la connaissent, raconter la vérité. 

J'ai rencontré des enfants de donneurs. Ils ont presque tous voulu rester anonymes, ils ont peur de blesser leurs parents s'ils s'expriment, s'ils on les reconnaît. Ils m'ont confié leur histoire pour que je puisse combler les blancs de la mienne. 

Alors peut-être qu'il y a un biais. Peut-être que ceux qui s'expriment ici sont justement ceux qui veulent absolument dire quelque chose. Peut-être que les autres s'en fichent un peu. 

Mais Dans cette affaire, il y a tellement de « peut-être »."

Pour en savoir plus, découvrez notre rencontre avec Myriam Leroy "La naissance d'un secret". Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Moustique invite ses abonnés à découvrir ADN en exclusivité.

 

Plus de Aucun nom

Les plus lus