Coronavirus : "Il faut relativiser. La grippe tue 1.000 personnes en Belgique chaque année"

Teaser

Villes italiennes en quarantaine, accélération de la contamination dans le monde ou encore mesures prises en Belgique : voilà pourquoi il n’y a aucune raison de paniquer.

Les images sont impressionnantes. Elles semblent sortir tout droit d’un scénario de film catastrophe made in Hollywood. Pas moins de 11 villes, dont 10 de Lombardie et une de Vénétie, sont placées, depuis samedi soir, en quarantaine. Au total, ce sont 52.000 habitants répartis sur 11 communes du nord de la Botte qui ont appris dimanche matin qu’ils étaient bloqués. L’Italie est le premier pays européen à fermer des parties de son territoire pour tenter d’enrayer la propagation fulgurante de la maladie. De six ce vendredi, le nombre de malades est en effet passé ce lundi à plus de 200. Quant au nombre de malades décédés, il s’élève pour l’instant à six. Annulation d’une série d’évènements sportifs et culturels comme la fin du Carnaval de Venise, le report de matchs de football et l’interdiction d’excursion scolaires à travers le pays : les autorités italiennes ont pris une série d’autres mesures chocs. Sans compter les mesures dites de confinement dans quatre régions du pays : la Lombardie, le Piémont, l’Emilie Romagne et la Vénétie. Les écoles et les universités sont fermées au moins dans ces quatre régions. Dans ce petit pays encore très croyant, les prêtres ont reçu l’interdiction de donner l’hostie… quand les offices religieux n’ont pas été simplement annulés.

belgaimage-161816050Les terrasses de café inhabituellement vides, à Milan © BELGA IMAGE

À la recherche du patient 0

L’épisode s’avère peut-être d’autant plus difficile et stressant à vivre pour les Italiens que leur pays a connu plusieurs graves épidémies de peste dans son passé. Des périodes traumatisantes de leur histoire qui sont enseignées à l’école et dont de nombreuses églises sont encore les témoins silencieux. Pour les autorités, il s’agit pourtant d’éviter que la population panique. Ses dirigeants sont passés ce week-end de plateau en plateau pour le rappeler. S’il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure, comme un expert le rappelle plus bas, certaines publications inquiétantes ont pourtant circulé sur les réseaux sociaux dans la Botte. Notamment des photos de rayons vides dans des supermarchés. L’inquiétude à Rome, c’est que les contaminations de ce week-end n’ont aucun lien direct avec la Chine. Les malades ont donc été contaminés sur le territoire national. Or, les autorités sanitaires ne parviennent pas à mettre la main sur le patient 0. C’est-à-dire celui qui se trouve au point de départ de la propagation. Dans la petite commune de Codogno, un homme de 38 ans actuellement hospitalisé dans un état grave est considéré l'une des premières personnes contaminées. L'idée que ce cadre de multinationale soit le patient zéro a finalement été écartée. Le voilà finalement appelé patient un.

Des décisions chocs

Avec plus de 78.000 personnes contaminées dans une trentaine de pays, dont quatre qui sont à leur tour concernés (Irak, Afghanistan, Koweït et Bahreïn), l’épidémie se propage à grande vitesse. La Corée du Sud fait partie des pays les plus durement touchés. Le nombre de cas recensés ce 24 février 2020 s’élevait à 883. Plus de la moitié concernent les membres d’une secte d’inspiration chrétienne. Hongkong interdit dès mardi les arrivées de non-résidents en provenance de Corée du Sud sur son territoire. Voilà déjà deux semaines que les États-Unis les ont déjà interdit pour leur part, l’accès à leur territoire aux personnes de Chine. Dans l’immense pays asiatique, la maladie a tué quelque 2.500 personnes et en a contaminé au moins quelque 77.000. Parmi les mesures chocs décidées par le pouvoir en place, figure l’interdiction totale ce lundi du commerce et de la consommation d’animaux sauvages. Au niveau politique, la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire prévue début mars a été reporté pour la première en 30 ans.

belgaimage-161813511

Italie: des mesures compréhensibles

Épidémiologiste à l’ULB et maître de recherche FNRS, Marius Gilbert comprend les impressionnantes décisions prises en Italie. «Prendre des mesures pour limiter les déplacements et les événements où beaucoup de personnes se retrouvent en contact sont des mesures de précaution raisonnables. On ne connaît pas aujourd’hui le degré de dangerosité réel de ce à quoi on a affaire, alors autant limiter les risques et une propagation supplémentaire. Avec ce type de mesures, c’est un peu comme si on gelait la situation, le temps d’essayer de bien comprendre et d’identifier toutes les personnes concernées par la chaine de transmission », explique le chercheur. « L’exemple de Singapour est assez intéressant. Ils ont aussi eu un ensemble de cas et cela diminue maintenant, car il ont réussi à les identifier. C’est tout à fait possible que le nombre de cas en Italie diminue dans quelques jours ». Il explique ainsi qu’une personne contaminée qui vaque normalement à ses activités quotidiennes en infecte deux ou trois autres. Et qu’à partir du moment où on réduit les activités collectives (travail, loisir, etc.), le taux de contamination baisse. «Quand ce nombre passe en dessous de un, l’épidémie s’arrête d’elle-même », indique-t-il.

Le degré de dangerosité: la grande inconnue

Le degré de dangerosité de la maladie reste une des grandes inconnues. Pour bien comprendre, il faut s’imaginer une sorte de pyramide. « Au sommet, vous avez les quelques décès et juste en dessous les personnes à l’hôpital avec une infection sévère. C’est-à-dire celles restées quelques semaines à l’hôpital, mais qui ne sont pas décédées. Puis en dessous tous les gens malades en général passés une fois chez le médecin ou hôpital. Ces trois catégories forment le premier triangle. Et bien, en dessous, vous avez tous ceux qui ont été infectés de manière bénigne. Ils ont peut-être été un peu fiévreux, mais c’est passé après 24h et ils ne sont pas allés chez le médecin. On ne connaît pas le nombre de ceux-là », explique Marius Gilbert. « Si on connaissait leur nombre, on pourrait faire un rapport entre celui-ci et le nombre total de décès. Ce qu’on a seulement en ce moment, c’est le rapport entre le nombre de décès et le nombre de personnes qui se présentent à l’hôpital. Ce chiffre-là tourne entre 1 et 2% ». 

"La grippe tue chaque année 1.000 personnes"

Pour le chercheur, il n’y a pas lieu de paniquer. « On a un système de surveillance mis en place dans notre pays et il n’a pas de cas actuellement. Qu’il y ait bientôt des cas ? Oui c’est vraisemblable que ça finisse par arriver si  le virus n’est pas contenu ailleurs. Pour relativiser la situation, il faut rappeler que la grippe saisonnière tue en Belgique chaque année pas moins de 1.000 personnes. On ne peut pas dire également dire que le virus mute vite. La grippe mute beaucoup plus vite. Si je déconseillerais les voyages en Italie ? À titre personnel, j’irais en Italie, mais je n’irais pas dans les communes concernées ». Interrogé sur la pertinence de se laver les mains, l'épidémiologiste explique qu’il s’agit d’une mesure de précaution qu’il conseille toujours de manière générale à ses enfants. « C’est ce que je conseillerais de faire aux gens. Il faut le faire entre trois et quatre fois par jour. C’est très pragmatique et ça ne mange pas de pain : ca empêche de toute façon la transmission de la grippe et, s’il arrive en Belgique, cela peut empêcher la transmission du virus. C’est très simple et infiniment plus efficace et beaucoup moins anxiogène que ces masques qui sont d’une efficace toute relative. Il faut préciser que mettre un masque sans se laver les mains n’a même aucun sens ».

Un scénario à l’Italienne pas exclus

Se laver les mains : voilà également un des principaux conseils donnés par les autorités belges sur le  site Internet. Les autres sont de se couvrir la bouche et le nez lorsque au moment de tousser et éternuer et d’éviter les contacts étroits avec toute personne présentant des symptômes de maladie respiratoire. Les médecins généralistes et les hôpitaux du pays savent comment reconnaître rapidement un patient possiblement infecté par le coronavirus. Un laboratoire de la KULeuven est spécialisé dans l’identification rapide du virus et deux hôpitaux (Saint-Pierre à Bruxelles et l’universitaire d'Anvers) sont pleinement adaptés pour accueillir les patients en toute sécurité. Un scénario de confinement à l’Italienne n’est pour autant pas à exclure à 100% dans le scénario d'une propagation très importante.

Plus de Actu

Notre Selection