Le Covid-19 pourrait déclencher une nouvelle crise financière

La Chine est toujours à l'arrêt. Plusieurs secteurs en souffrent et des entreprises pourraient tomber en faillite. Or, dans notre système économique mondialisé, si la Chine éternue, notre économie tousse.

Le coronavirus Covid-19 va-t-il aussi contaminer l'économie mondiale ? C'est un risque que les économistes considèrent sérieusement. Au-delà de la crise sanitaire qui continue de s'aggraver (on dénombre désormais plus de 1.300 morts et 60.000 personnes infectées), c'est l'économie chinoise qui souffre. Et vu l’interconnexion des marchés à l’échelle du globe, la nôtre aussi.

En 2003, l'économie chinoise s'était remise assez facilement de la crise du SRAS, ne perdant que deux points de croissance au premier trimestre pour conserver un taux arrogant de 10% de croissance en fin d'année. Mais le pays a changé et sa place dans le monde aussi. En 2003, il comptait pour 5% de l'économie mondiale. Aujourd'hui, la Chine pèse 18% du PIB mondial. Et sa bonne santé dépend beaucoup plus de la consommation de ses ménages qu'à l'époque. Or, celle-ci s'est écroulée en ce début d'année (en pleine période du Nouvel an chinois, généralement la période où les Chinois consomment le plus), tout comme le tourisme.

La Chine à l'arrêt

Depuis le 23 janvier, la Chine est à l'arrêt. Et particulièrement la région de Wuhan. La ville d'où est partie l'épidémie de Covid-19 est situé dans la province de Hubei, nœud important du réseau de transports du pays car c'est la porte d'entrée vers les terres du milieu. La ville de Wuhan est elle-même un centre industriel important, notamment pour l'industrie automobile. Or, toute la région est coupée du reste du pays. Et le pays de plus en plus coupé du reste du monde.

Les usines et entreprises devaient reprendre le travail le 9 février, mais c'est au compte-goutte qu'elles rouvrent leurs portes. Les consignes des autorités en la matière sont contradictoires : alors que le gouvernement central pousse à la reprise du travail, les autorités sanitaires et locales redoublent de vigilance. Les routes sont bloquées, les contrôles sanitaires renforcés. Si bien que la plupart des usines restent fermées soit par choix, soit par demande du gouvernement local, où tout simplement parce qu'une partie de la main-d'oeuvre est coincée dans une autre province. Les entreprises étrangères comme Apple ou Tesla ne veulent prendre aucun risque tout comme les géants chinois et asiatiques que sont Tencent, Alibaba ou Foxconn (fournisseur principal d'Apple). La reprise du travail n'est que théorique, la Chine reste à l'arrêt.

Le problème est que nombre d'entreprises chinoises sont fortement endettées. Si la crise perdure, leur capacité de remboursement pourrait être mise à mal et le risque de faillites en cascade est réel. C'est pour parer à cette éventualité que le gouvernement central a dégagé 157 milliards d'euros.

L'Europe dépend de la Chine

Ensuite, dans notre économie mondialisée, nombreux sont les pays qui dépendent de la Chine, laquelle est devenue un maillon essentiel dans l'assemblage de produits. Beaucoup de sociétés multinationales utilisent des composants chinois pour leurs produits manufacturés. C'est surtout le cas dans les secteurs de l'électronique, de la chimie, du textile et de l'automobile. Si le maillon chinois vient à chuter, c'est toute une chaîne de production mondiale qui en pâtira. Cela se fera particulièrement sentir dans les pays d'Asie, mais aussi en Hongrie et aux Pays-Bas.

Enfin, beaucoup s'appuient sur la Chine pour exporter leurs biens. C'est notamment le cas de l'Allemagne et de l'Italie. Sans demande chinoise, ces deux économies poids-lourds de la zone euro vont souffrir. Or, elles ne vont déjà pas très bien. Si la crise sanitaire perdure, elles pourraient entrer en récession. Et avec elles, peut-être, l'Europe...

Depuis la crise financière de 2008, nombreux sont les économistes à prédire qu'une nouvelle crise est à nos portes. Les raisons principales ? Des endettements publics et privés sans précédent. Certains pointent déjà le Covid-19 comme possible déclencheur de cette nouvelle crise financière. Pour autant, nous n'en sommes pas encore là. Tout dépendra de la durée de l'épidémie et des réponses apportées par le gouvernement chinois. Mais si la crise sanitaire perdure…

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