Télévision

Adapter "Le nom de la rose" en série: chronique d’une mission impossible 

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Adapter Le nom de la rose, c’est affronter non pas un, mais deux chefs-d’œuvre. Audacieux...

Avant sa mort en 2016, Umberto Eco cède les droits de son œuvre à la télé et valide les changements proposés par les scénaristes. Aujourd’hui, voici la version en huit épisodes du roman monstre de la littérature italienne. Le format semble pertinent: il y a de la matière. Le sémiologue avait développé bien des thèmes et des personnages (notamment féminins) autour de son célèbre polar médiéval, que Jean-Jacques Annaud avait dû laisser de côté en 1986. À côté de l’enquête criminelle, format télé par excellence, la série prend le temps d’expliquer et nourrir le contexte historique, celui de la chrétienté divisée de 1327, avec la papauté d’Avignon et la question du rapport de l’Église à la richesse, qui opposait l’Église aux franciscains. 

Le nom de la rose, c’est une quête de vérité, une réflexion sur la science et la foi, un plaidoyer pour la liberté. Tout cela, la production franco-italienne peut se permettre de le développer en long. Voire de l’appuyer avec lourdeur et effets faciles. Trop d’explicite nuit au mystère. Et le mystère est la clé du Nom de la rose. Visuellement aussi. Là où Annaud a gravé ses clairs-obscurs sales dans toutes les mémoires, Giacomo Battiato propose des couleurs vives et des décors plus carton-pâte. Reste le gros morceau: le casting. Si la galerie de personnages secondaires tient la route (dont Michael Emerson et un Rupert Everett suprenant en inquisiteur), on n’imaginait pas possible d’égaler Sean Connery et Christian Slater. Pourtant John Turturro campe un Guillaume de Baskerville très Sherlock Holmes, moins ironique mais efficace. Quant à Damien Hardung, il propose un Adso de Melk candide à souhait. Une bonne série en somme. Mais une rose au parfum de synthèse, un peu fade à côté des senteurs vénéneuses d’Eco et Annaud.

Dès le jeudi 2 janvier 2020 sur Be à la demande.

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