La question

Quel salaire pour vivre décemment?

Comme le démontrait récemment l’enquête de revenus de Statbel, certains professions peinent à joindre les deux bouts. C’est le cas des aides-ménagères, qui entament un mouvement de grève inédit ce mercredi pour réclamer une hausse salariale.

Le salaire moyen (3.558 € brut par mois) sorti au mois de décembre par Statbel ne représente pas la réalité de tous les travailleurs. 23,6 % seulement touchent plus que ce montant. 44,2 % perçoivent un montant inférieur à 3.000 € brut par mois et 14,9 % gagnent moins de 2.261 euros brut par mois. Soit une proportion de "travailleurs pauvres" relativement important dont on vous parlait également le mois dernier.

Parmi les jobs mal payés, on retrouve sur le podium les serveurs et barmen (2.261 € brut par mois), les coiffeurs et esthéticiens (2.274 €) ainsi que les aides-ménagères et les agents d'entretien (2.279 €). Les quelque 145.000 aides-ménagères et employés dans des ateliers de repassage, payés en titres-services, ont entamé un mouvement de grève indédit ce mercredi pour demander une hausse salariale de 1,1%, conformément à l'accord interprofessionnel de début 2019. Les employeurs ne souhaitent pas une augmentation sous cette forme, et une tentative de médiation n'a pas débloqué la situation pour le moment... La FGTB, qui prévoit une action à Bruxelles le 13 janvier, réclame également une meilleure rémunération pour les travailleurs du secteur. "L'enjeu est de taille" a déclaré le syndicat socialiste pour qui la demande de hausse salariale est "totalement légitime et justifiée" alors que le salaire moyen dans le secteur est de 11,50 euros brut par heure...

À titre de comparaison, le boulot le plus lucratif est celui de directeur de société (10.124 €). La sociologue du Travail de l'UCLouvain Isabelle Ferreras commente: "Cela témoigne de la déconstruction des négociations collectives observée ces dernières années même dans un pays à l'histoire syndicale forte comme la Belgique. La rémunération des tops managers en est une manifestation. On a des CEO qui gagnent jusqu'à 400 fois le salaire du niveau entrant dans l'entreprise. On ne connaissait pas ça il y a 30 ans. D'un point de vue sociologique, c'est une forme de rupture de la solidarité et du pacte social."

Augmenter le salaire à 14 € de l'heure

Pour leur permettre de joindre les deux bouts, faut-il augmenter le salaire minimum? Avec la campagne "Fight for 14 €", la FGTB réclame cette augmentation du revenu brut minimum à 14 € brut de l'heure, soit 2.300 € par mois. Les économistes sont plus sceptiques quant à cette idée… "Augmenter le salaire minimum risque de réduire le nombre d'emplois mal payés, commence Etienne De Callatay. Or si un patron doit payer plus un employé, il risque de vouloir le remplacer par un self-scanning, pour prendre l'exemple d'un caissier. En faisant ça, vous allez aider des personnes qui garderont leur boulot, mais d'autres le perdront."

Une bonne idée pour l'économie globale

Les mentalités seraient toutefois en train de changer. Il termine: "On se dit que le remplacement de l'Homme par la machine ne se fera peut-être pas comme on l'avait redouté. Or augmenter ce salaire minimum aurait du bon pour l'économie globale. Si deux personnes gagnent 2000 € ou une seule, 3000 et une autre 1000, dans le second cas, la demande est plus faible. On observe que la personne qui gagne 3000 a tendance à épargner beaucoup. En termes de demande, il vaut mieux que les faibles revenus gagnent plus. Maintenant, ce serait plus intéressant de le faire au niveau européen. Sinon, il y a des risques que les entreprises se délocalisent aux Pays-Bas ou en France."

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