Voitures de société : la solution rassembleuse de Paul Magnette

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Pour diriger la formation d'un gouvernement fédéral, Paul Magnette a pris le volant des voitures de société. Avec une direction qui peut rassembler libéraux flamands et écologistes : la généralisation des voitures de société « zéro émissions ».

Les voitures de société sont un problème emblématique de la Belgique que le gouvernement Michel, malgré ses efforts, s'est montré incapable de résoudre. Alors que la mission de Paul Magnette vient d'être prolongée et que l'Open-VLD a montré des signes positifs, il est très intéressant de voir naître là une solution qui pourrait rassembler les Belges. Elle se montre pragmatique, concrète, moderne, ambitieuse, clairement engagée pour faire face aux enjeux climatiques. Elle pourrait convenir tant aux libéraux flamands qu'aux éco-socialistes francophones, pour résumer l'axe qui pourrait sous-tendre un possible futur gouvernement.

Paul Magnette, dans sa note remise aux partis qui discutent d'une formation de gouvernement, avance la fin des « voitures salaires » à moteur thermique pour être remplacées par des voitures « zéro émissions d'ici 2023 ou 2024. C'est ce qu'on peut lire dans « L'Echo » et « De Tijd ». L'idée serait de commencer par une approche progressive où les contrats de leasing seraient limités aux voitures les moins polluantes jusqu'à la fin de la législature. Pas de révolution mais une évolution très forte et engagée.

Les solutions "Michel" n'ont pas fonctionné

Une récente étude de chercheurs de l'ULB et de la VUB avait montré que 80% des conducteurs de voiture de société refusent le principe d'un échange contre un complément de salaire. Le "Cash to cars", l'allocation mobilité lancée par le gouvernement Michel, n'a en effet pas porté ses fruits. Depuis le 1er mars, l'État a lancé un nouveau projet "budget mobilité". L'idée est d'offrir des alternatives: voiture moins polluante, vélo, abonnement SNCB ou même le paiement du loyer si le logement se trouve à moins de 5 km du lieu de travail. Seuls 20% des utilisateurs sondés se sont montrés intéressés par cette forme de compensation.

Les 650.000 voitures de société des Belges représentent 11,5% du parc total des voitures en Belgique, mais parcourent 23% de la distance totale parcourue par les voitures immatriculées en Belgique. Or la mobilité telle que la Belgique l'a installée ne permet pas tellement d'alternatives pour tous. L'une des spécificités belges, c'est que l'urbanisation n'a pas incité et rendu simple l'accès aux transports en commun. La Belgique a ainsi construit des habitations les unes à côté des autres, au bord des routes. La Wallonie n'est pas tellement différente même si sa densification est moins grande que celle de la Flandre. Wallons et Flamands, contrairement aux Bruxellois, se rendent toujours majoritairement à leur travail en voiture (voir notre enquête à ce sujet).

De quoi séduire l'Open-VLD et son électorat

En 2009, le conseil supérieur des finances expliquait déjà qu'il fallait "aller progressivement vers la suppression du régime fiscal particulier des voitures de société et aligner la taxation de l'avantage de toute nature sur celle des salaires, tant dans le chef de l'employeur que dans le chef du salarié." Malgré cette analyse, en 10 ans, le nombre de voitures de société a quasiment doublé et ont coûté près de 20 milliards d'euros à l'État. Proposer des solutions ne semble ainsi pas fonctionner. Imposer l'alternative verte serait certainement plus efficace pour changer les habitudes sans ôter cet avantage tellement ancré dans les habitudes.

On notera au passage que le profil-type de l'utilisateur de voiture de société est masculin (trois fois sur quatre), gagne plus de 3000 euros par mois (dans deux-tiers des cas). Et se rend en voiture au travail. La voiture de société est un avantage inégalitaire qui profiterait plus aux Flamands et aux revenus élevés. Bref, la proposition de Paul Magnette a de quoi séduire l'Open-VLD et son électorat.

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