La lente progression de la Belgique vers l’égalité des genres

Teaser

L’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes dresse un nouveau rapport. En résumé: le chemin vers la parité est encore long. Et la Belgique dans tout ça ?

"Nous allons dans la bonne direction mais nous sommes encore loin de la ligne d'arrivée. […] La moitié des États membres sont en deçà des 60 points. […] Il est crucial que l’égalité de genre passe à la vitesse supérieure", tel est le constat de Virginija Langbakk, directrice de l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE). Celui-ci vient de publier son nouvel index sur l’égalité des genres dans l’Union Européenne. Sur une échelle de 1 à 100, l’indice d’égalité des genres en 2019 n’est que de 67,4 points pour l’ensemble de l’Union, soit 1,2 point de plus qu’en 2015. L’UE progresse, mais lentement.

8e sur 28, la Belgique fait partie des bons élèves, mais son évolution se fait également à pas d’escargot. Avec un score de 71,1 points sur 100 (soit de 3.7 points supérieur à la moyenne européenne), notre pays est descendu de deux échelons depuis 2005 où il occupait la sixième place du classement. Nous nous faisons donc rattraper par d’autres nations où la progression vers la parité hommes-femmes se fait plus rapidement. C’est notamment le cas du Portugal et de l’Estonie qui enregistrent les plus fortes avancées. Sans surprises, c’est la Suède (83,6) qui se dresse en tête du classement, suivie du Danemark (77,5). La Hongrie (51,9) et la Grèce (51,2) sont en queue de peloton.

Gender Equality Index © European Institute for Gender EqualityTop 10 du Gender Equality Index © European Institute for Gender Equality

Un bon score économique

En matière d’égalité hommes-femmes, la Belgique s’illustre particulièrement dans le domaine de l’argent. Même si l’inégalité salariale est toujours une réalité, elle est moins importante en Belgique que dans d’autres pays de l’Union Européenne. En moyenne, une femme belge gagnerait 2771 € par mois contre 3108 € pour un homme. Si cette différence de 337 € reste inacceptable, elle reste inférieure à la différence moyenne de 560 € enregistrée en Union Européenne. La situation financière des femmes belges est également en presque équilibre avec celle des hommes : 83,4 % ne sont pas menacées de pauvreté contre 85,7% de leurs concitoyens.

Loading...

Loading...

Pouvoir et temps : peut mieux faire

Nos plus mauvais scores se trouvent dans les domaines du pouvoir (55,2 points) et du temps (65,3). En termes de partage du pouvoir politique, à peine 22,7% des ministres belges sont des femmes. Au Parlement belge et dans les assemblées régionales, l’UE observe 40,9 % de femmes (contre 59,1% d’hommes). L’écart le plus fort se trouve dans les plus hautes instances décisionnelles des organisations nationales de sport olympique où l’on trouve seulement 11,3% de femmes.

Ces mauvais résultats en matière de pouvoir concernent la majorité des pays de l’UE. Mais d’après l’EIGE, il s’agit aussi du "domaine qui progresse le plus", surtout grâce au fait que "les femmes sont désormais plus nombreuses dans les conseils d'administration, mais dans quelques États membres seulement".

Belgique, chiffres de la section "pouvoir" du Gender Equality Index © European Institute for Gender Equality

Le rapport du EIGE note aussi que les femmes belges (43,1%) passent quotidiennement plus de temps que les hommes (28,7%) à s’occuper des enfants, petits-enfants, personnes âgées ou ayant un handicap. L’écart est encore plus fort en ce qui concerne les tâches ménagères et la préparation des repas : 81,2 % des femmes le font quotidiennement contre 32,5% des hommes. La catégorie "temps" est d’ailleurs celle qui a le plus régressé en matière d’égalité hommes-femmes en Belgique (-9 points).

Travail et famille: la recherche d'équilibre

D’une manière générale, l’EIGE se concentrera cette année sur l’équilibre entre vie privée et professionnelle, l’une des clés selon l’Institut pour atteindre la parité. "La directive relative à l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée, adoptée cette année, changera la donne pour les femmes et les hommes dans toute l’Europe. Elle préconise un partage plus équilibré des charges familiales, ce qui permettra aux femmes de rester présentes sur le marché de l’emploi et d'occuper des fonctions intéressantes et stimulantes ou des postes à responsabilité", a indiqué Věra Jourová, commissaire européenne chargée, entre autres, de l'égalité de genre. L’EIGE souhaite notamment mettre l’accent sur le congé parental, rappelant que 28 % des femmes et 20 % des hommes n’ont toujours pas droit au congé parental dans l’UE.

Si l'on peut donc se réjouir que les choses évoluent en matière d'égalité, et ce dans toute l'UE, on peut néanmoins regretter la lenteur du processus. C'est d'ailleurs cette longue évolution vers la parité hommes-femmes qui avait poussé l’association Vie féminine en juillet dernier à demander aux partis politique entamant les rencontres exploratoires en vue de la formation d’un gouvernement fédéral de "réaffirmer leur engagement sur la question des droits des femmes. Et cela, indépendamment de leur couleur politique ou de la fleur de leur choix". On attend toujours…

Notre Selection