Famille

Les enfants n'ont pas forcément besoin d'un père pour être heureux

75.000 personnes ont manifesté dimanche en France contre l'ouverture de la PMA à toutes les femmes. De nombreux opposants justifient leur choix par la "nécessité d'avoir un père". Depuis 10 ans, les études démontrent le contraire.

On n'avait plus connu un tel rassemblement de contestation depuis la Manif pour tous en 2012. La mesure portée par le gouvernement Macron et actuellement débattue à l'Assemblée nationale sur l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes fait des remous. Au total, près de 75.000 manifestants ont envahi les rues parisiennes dimanche avec des drapeaux vert et rouge au slogan "Liberté Égalité Paternité". La vraie question est bien là: les enfants ont-ils besoin d'un père – en duo avec une mère - pour être heureux et grandir dans un environnement équilibré ? Si les débats sur la PMA et plus encore sur la gestation pour autrui (GPA) – la PMA est en Belgique légale et la GPA est tolérée par un vide juridique - divisent tant, c'est parce qu'ils remettent en cause la notion de la famille.

Si papa, maman et les enfants constituent la famille traditionnelle pour des raisons historiques et pratiques (l'aide médicale est relativement récente), cela ne signifie pas qu'elle est la seule à fonctionner. Désormais, les familles recomposées, monoparentales ou homosexuelles ne sont plus du tout exceptionnelles. Pour les manifestants contre la PMA, cela serait mauvais pour l'équilibre des enfants. La science ne confirme pas. Au contraire, cela fait 10 ans que les études démontrent qu'il n'y aurait aucune différence entre les enfants issus de familles traditionnelles et les autres. "D'un point de vue scientifique, on sait ce dont un enfant a besoin: un environnement qui le stimule au niveau cognitif et affectif, rappelle la psychanalyste qui a notamment mené une étude à l'ULB sur les enfants élevés par deux mères Susann Heenen-WolffAucune recherche n'a par ailleurs prouvé que les enfants de famille monoparentale étaient moins heureux. Ça peut être plus facile si on est deux, mais le bien-être n'est pas forcément en danger." 

Les garçons jouent toujours au camion

En décembre dernier, une enquête américaine de l'Institut national de la santé concluait n'avoir trouvé aucun indice significatif entre les enfants issus de familles nucléaires et les autres, tant au niveau relationnel et émotionnel que de la sensibilité au stress. L'Université du Kentucky ne dit pas autre chose et affirme qu'il n'y a aucun lien entre la sexualité des parents et la manière dont les petits construisent leur identité de genre. "Par exemple, les petites filles de couples homosexuels jouaient pour la plupart aux poupées et les garçons, aux camions, à l’image des enfants adoptés par des parents hétérosexuels, illustrent les auteurs. Le fait d’avoir un modèle exclusivement féminin et masculin au sein du foyer ne facilite pas nécessairement le développement d’une identité conforme au genre chez les enfants adoptés, pas plus que cela décourage la non-conformité au genre."

Certaines études dénombrent tout de même certaines différences mineures, qui pourraient aussi bien être dues au hasard de la population étudiée. Ainsi, selon l'université Paris-X Nanterre, les enfants de parents homosexuels manifesteraient une estime de soi légèrement plus faible que les autres et exprimeraient un peu plus leurs émotions. Ils seraient en outre bien plus à l'aise en société.

La chercheuse de l'ULB termine: "Notre façon d'appréhender le monde est une construction culturelle. On veut défendre la famille traditionnelle, car on a été élevé dans ce modèle-là. Or ce n'est pas le seul accès au bonheur. En pensant cela, on crée une société stigmatisante. Les enfants se disent: "ah je n'ai pas de papa et tout le monde me dit que ça doit être dur". Ils vont alors commencer à ressentir une souffrance qui n'est au départ par la leur. C'est pareil avec la GPA. Si on fait un problème du fait que le bébé ait été porté par une autre femme, on va créer un mal-être qui n'aurait jamais existé." 

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