UE : Et si l’extrême droite européenne était en perte de vitesse ?

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Si le parti conservateur nationaliste a remporté les élections polonaises, les récents résultats aux quatre coins de l’Union européenne semblent laisser croire que l’extrême droite pourrait avoir du mal à confirmer…

Cet article a été initialement publié le 30 septembre 2019, et mis à jour le 14 octobre 2019.

"Bien qu'un front puissant ait été contre nous, nous avons réussi à gagner", a déclaré Jaroslaw Kaczynski (photo à gauche) au siège du parti polonais Droit et Justice (PiS). Si les plus optimistes avaient prédit une improbable défaite des conservateurs nationalistes au pouvoir en Pologne, le miracle n'a pas eu lieu. Ils ont à nouveau remporté les élections législatives ce dimanche, obtenant 45,16% des voix (selon les résultats officiels portant sur 82,79% des circonscriptions, publiés lundi matin). Le PiS obtient ainsi la majorité absolue pour un nouveau mandat de quatre ans et pourra poursuivre son programme de réformes souvent controversées. La principale formation d'opposition, la Coalition civique (KO, centriste), arrive loin derrière avec seulement 26,10% des voix...

Mais cette victoire ne pourrait être qu'un trompe l'oeil pour l'extrême droite européenne... Dans le même temps, ce dimanche en Hongrie, le parti ultraconservateur de Viktor Orbán (photo à droite) a connu son premier revers électoral depuis près de dix ans en perdant la mairie de Budapest (selon les premiers résultats des élections municipales). Après dépouillement de 81 % des bulletins de vote, l’élu de centre gauche Gergely Karacsony, candidat commun de plusieurs formations d’opposition, l’emporte avec 50,6 % des voix, contre 44,2 % au maire sortant et candidat du pouvoir Istvan Tarlos, qui dirigeait la capitale hongroise depuis 2010. 

Le gagnant a salué une “victoire historique” tandis que le Premier ministre souverainiste a reconnu la défaite et s’est dit “prêt à coopérer” avec la nouvelle assemblée municipale lors d’un discours aux militants de son parti. En mai dernier, lors des élections européennes, le parti ultranationaliste Jobbik avait déjà perdu plus de 8% des voix par rapport aux élections précédentes. Le vent est-il en train de tourner? Symboliquement, la perte de vitesse de l'extrême droite hongroise pourrait en tout cas être un signal fort.

Aux quatre coins de l’UE

En Autriche, Sebastian Kurz, le leader conservateur de 33 ans, a remporté haut la main les élections législatives qui avaient lieu le dimanche 29 septembre. Avec près de 40% des voix et une hausse de 7 points, son parti, le Österreichische Volkspartei (ÖVP), a renforcé encore un peu plus son statut de première force politique du pays. Son allié de la coalition sortante, le parti d’extrême droite Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ), est lui le grand perdant de ces élections législatives anticipées. Les nationalistes dégringolent de quasiment 9% et le FPÖ a d’ores et déjà annoncé qu’il se préparait à l’opposition. Kurz devrait donc reprendre le poste de chancelier qu’il avait perdu suite à "l’Ibizagate". Un scandale dans lequel Heinz-Christian Strache, vice-chancelier et chef du FPÖ, avait fait l’objet d’une caméra cachée le montrant en pleine tentative de corruption et qui a mené à l’implosion du gouvernement en place.

La plus grande satisfaction se trouve plus que probablement du côté des Verts. Emmenés par Werner Kogler, les « Grünen » ont enregistré une impressionnante montée de 8% et ont atteint la barre des 12%. Un résultat qui leur permettrait donc de former une coalition avec Kurz et les siens et qui mettrait définitivement le FPÖ hors-jeu.

Matteo Salvini Belgaimages

Cette défaite de l’extrême droite autrichienne n'est survenue que quelques semaines après le remaniement politique en Italie qui a vu le controversé Matteo Salvini perdre son poste au ministère de l’intérieur. Le leader de La Ligue du Nord misait sur des élections législatives anticipées. En vain. 

Au Danemark, le Parti populaire danois de Kristian Thulesen Dahl avait fait fort en récoltant plus de 20% des voix aux élections législatives de 2015. Quatre ans plus tard, en juin dernier, le parti nationaliste, souvent classé à l’extrême droite de l’échiquier politique, a complètement chuté en perdant près de 13 points.

Le Rassemblement National de Marine Le Pen, lui, avait également perdu un petit pourcent lors de ces élections européennes, mais restait néanmoins en tête du scrutin français. Le parti écologiste Europe Écologie – Les Verts avait créé une petite surprise en progressant de près de 5%.

Chez nous, le Vlaams Belang avait enregistré un score historique en mai dernier en devenant le deuxième parti de Flandre. Malgré cette percée impressionnante, les nationalistes flamands n’ont pas eu voix au chapitre lors des négociations au Nord du pays. La N-VA, l’Open VLD et le CD&V ont repoussé le parti d'extrême droite dans l'opposition... même si l'accord de majorité conclu est lui aussi très à droite.

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