USA : un "impeachment" qui sent la poudre mouillée

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Les Démocrates ont dégainé une procédure de destitution contre le président Trump à un an des élections. Un pari qui sonne le début d’une campagne explosive mais prévisible.

C’est la plus grande arnaque de l’histoire politique américaine”, a réagi Donald Trump dans une vidéo qu’il a postée sur Twitter. “The greatest scam” en anglais, prononcé “scum” par le président à une inflexion près. “Crasse”, “vermine” ou encore “salauds”. Donald Trump battait ainsi le rappel de ses troupes. Son équipe de campagne a d’ores et déjà réuni une dizaine de millions de dollars pour financer la diffusion de spots publicitaires attaquant les Démocrates. La bataille qui va faire rage est celle de l’opinion. Car celle-ci semble évoluer ces dernières semaines. Défavorables à l’impeachment du président il y a peu, les Américains sont à présent 55 % à la supporter. Chez les électeurs républicains, presque pas. Mais dans le camp des Démocrates, la proportion a dépassé les 75 %, il y a une dizaine de jours.

C’est l’une des raisons qui ont poussé Nancy Pelosi à agir ce 24 septembre. La Démocrate, qui préside la Chambre des représentants des États-Unis depuis la défaite des Républicains lors des élections de mi-mandat, a ainsi annoncé le début d’une procédure d’impeachment contre Trump. Mais Nancy Pelosi, poussée par son camp, l’a fait à contrecœur et dans une certaine confusion. En effet, les précédents, en la matière, sont différents. Trois présidents américains ont été l’objet de procédure de destitution : Andrew Jackson en 1868, Richard Nixon en 1974 et Bill Clinton en 1998. Nixon a démissionné avant que la mise en accusation de la procédure d’impeachment ne soit votée par la Chambre des représentants. Pour Jackson, la Chambre a voté la mise en accusation et il n’a manqué qu’une voix pour qu’au Sénat la destitution de la procédure d’impeachment soit votée. Pour Clinton, la mise en accusation a été votée par la Chambre - une majorité simple suffit - et la destitution par 50 sénateurs sur 100. Mais au Sénat, il faut la majorité des deux tiers…

Martyr et joker

Pour Trump, la mise en accusation n’a pas été votée: le ministère de la Justice et la commission de la Justice sont en désaccord sur le fait de savoir si elle est, finalement, nécessaire. Même si elle est votée à la Chambre, il semble par contre peu probable que les 45 sénateurs démocrates puissent rallier à leur cause 22 de leurs opposants pour activer la destitution de Trump. Nancy Pelosi le sait bien: l’impeachment n’a, a priori, aucune chance d’aboutir. Mais il y a pire. Donald Trump est soupçonné d’un abus de pouvoir dans le cadre de la campagne - faire enquêter sur un opposant -, d’avoir mis en danger la sécurité de l’État en demandant à un pays tiers de le faire - l’Ukraine - et d’avoir fait obstruction à la bonne marche de l’État puisque son administration semble avoir empêché le Congrès d’avoir accès à certains éléments.

Pour autant ce triple soupçon donne à Trump une solide main à jouer. D’une part le déballage sur les agissements en Ukraine du fils de Joe Biden affaiblit celui-ci. D’autre part, l’annonce de l’impeachment mobilise les troupes “pro-Trump”. Sa mise en accusation par la Chambre et l’échec annoncé au Sénat lui donnent encore deux atouts à jouer: la carte du martyr et puis, surtout, celle du joker. Qui triomphe de tout. Même des “greatest scam”.

Une chance, tout de même?

Allan Lichtman est l’un des rares politologues à avoir prédit la victoire de Donald Trump en 2016. Il pense également que celui-ci sera destitué en cours de mandat. “Rien ne peut faire plus de mal à Donald Trump, pendant cette campagne, qu’une procédure de destitution. […] On ne sait pas encore tout ce que l’on va découvrir. Au début de l’affaire du Watergate, la cote de popularité de Richard Nixon était à 67 %. À la fin, elle était descendue à 24 %. Et Donald Trump part de plus bas que Nixon.

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