Le commissaire à la "protection de notre mode de vie européen": une victoire de l'extrême droite en Europe?

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Désormais, la Commission européenne sera dotée d'un nouveau commissaire chargé de "la protection de notre mode de vie européen". Une dénomination scabreuse qui hérisse le poil des détracteurs de l'extrême droite.

Depuis mardi, le scandale enfle. Au cœur de celui-ci, Margaritis Schinas, nouveau vice-président de la Commission européenne. Le grec de 57 ans hérite d'un tout nouveau portefeuille qui porte le doux nom de "protection de notre mode de vie européen". Jusque-là tout va approximativement bien sauf que cette nouvelle fonction contient, notamment, le dossier sensible de la migration. Une dénomination douteuse qui a instantanément fait hurler les partis de gauche et une partie de l'opinion publique.

"Ce qui me choque le plus, c'est qu'avec un tel intitulé pour ce poste, on valide ce qui est une grande thèse de l'extrême droite, à savoir l'idée que l'immigration serait une menace pour nos valeurs et nos modes de vie européens", défend François Gemenne, spécialiste des flux migratoires et chercheur à l'université de Liège. En effet, Margaritis Schinas dispose dans son portefeuille des questions relatives à l'asile et à la migration. "En lui attribuant cette compétence, on insiste encore un peu plus sur l'idée selon laquelle l'immigration constitue une menace", poursuit le chercheur à l'Université de Liège. Même son de cloche chez le co-président du groupe Verts au Parlement, Philippe Lamberts, "ça sent très fort Viktor Orban (premier ministre hongrois fermement opposé à l'immigration, ndlr)", tacle-t-il au micro de France Inter.

Un mode de vie européen unique?

De son côté la future présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, expliquait le choix de l'intitulé. "Notre mode de vie européen, c'est s'accrocher à nos valeurs. La beauté de la dignité de chaque être humain est l'une des plus précieuses valeurs." D'accord. Mais de quels modes de vie parle la présidente ? "Celui qui consomme quatre planètes et augmente les inégalités tout en érigeant la voiture comme un mode de transport généralisé ?", questionne ironiquement Philippe Lamberts.

Tous les pays membres de l'Union européenne partageraient une façon de vivre commune ? "Ca m'étonnerait que celui des Lituaniens soit commun à celui des Grecs", constate François Gemenne. "En allant plus loin dans l'analyse, cela sous-entend que s'il n'y a pas de modes de vie européens, on parle alors des valeurs que les immigrés ne partageraient pas. Donc ils constitueraient une menace." "Notre mode de vie", représente donc une notion bancale et vide de sens liée, dans ce cas-ci, au dossier le plus épineux de l'UE. Pas très habile.

Ursula en quête d'amis?

Dans la foulée, plusieurs médias et autres éditorialistes ont soupçonné Usrsula von der Leyen de vouloir s'attirer la sympathie du PPE (parti populaire européen). Élue à une faible majorité, la future présidente tenterait-elle un coup de Trafalgar ? Quoiqu'il en soit, pour la gauche ce nouveau portefeuille européen représente une victoire pour l'extrême droite. "Je rejoins tout à fait cette idée, ponctue François Gemenne. À la rigueur, les scores électoraux de l'extrême droite ne sont même plus importants si elle parvient à imposer ses idées dans le débat public y compris dans des institutions démocratiques censées lutter contre elle. L'extrême droite a déjà gagné dans les idées et les têtes et n'a même plus besoin de gagner dans les urnes."

Aussi, François Gemenne pointe du doigt le danger que représente un tel portefeuille. "Le risque principal est que le vocabulaire de rejet de l'extrême droite fasse de plus en plus partie du débat public. Qu'il s'impose comme élément du débat alors qu'il déshumanise complètement les migrants. Je constate au fil des années à quel point l'extrême droite parvient à imposer une série d'éléments de langage dont on ne questionne plus le sens."

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