Aller au boulot à vélo, c'est bingo

Teaser

Aller au boulot en pédalant est tendance. Un déplacement sur dix se ferait désormais en bicyclette. Surtout en Flandre, souvent à Bruxelles, encore trop rarement en Wallonie.

"Le vélo redevient cool chez les jeunes. Ce n’était pas le cas il y a vingt ans. Toute une nouvelle culture, qui réduit la congestion et améliore la qualité de vie, s’est développée”, constate, enthousiaste, Aurélie Willems, porte-parole du Gracq, le Groupe de recherche et d’action des cyclistes quotidiens. Le succès est remarquable concernant les déplacements entre le domicile et le travail. Près de 10 % des déplacements des Belges pour aller travailler se font aujourd’hui à bicyclette. Ce nombre a pratiquement doublé depuis 2015, selon une étude menée par Attentia, l’opérateur spécialisé en ressources humaines. Plusieurs explications à cela. De plus en plus de collaborateurs qui habitent à proximité de leur lieu de travail optent pour le vélo. Les mesures d’exonération fiscales aident aussi. L’indemnité vélo n’est pas encore généralisée chez les employeurs mais huit sur dix l’accordent et cela accroît considérablement le nombre de travailleurs à vélo.

Le vélo, c’est aussi beaucoup de plaisir. Quand on roule à vélo, on se sent bien, libre. On peut joindre un point A à un point B sans stress de parking ou retard”, plaide la lobbyiste. Le vélo améliore la qualité de vie et de mobilité de toute la communauté mais aussi la sienne et même celle de son employeur. Les collaborateurs qui pédalent sont moins souvent absents pour cause de maladie que leurs collègues. C’est ce que montre une autre étude récente menée par Attentia. C’est particulièrement vrai concernant la prévention du burn-out. Les travailleurs qui pédalent pour arriver au boulot ne sont pratiquement jamais absents pour une très longue durée. Plus de travailleurs à vélo, c’est globalement moins d’absentéisme au travail.

C’est en Flandre que la petite reine fait réellement merveille. 17  % des déplacements vers le lieu de travail en Flandre se feraient aujourd’hui à vélo. Les cyclistes y sont cinq fois plus nombreux que les navetteurs en bus ou en tram. Gand ou Anvers font aussi cinq fois mieux que Bruxelles. Mais la tendance existe aussi dans la capitale. À Bruxelles, on évalue à 7 % des déplacements domicile-travail. Le gouvernement régional souhaite quadrupler ce nombre pour 2030, en s’appuyant sur le fait que les déplacements internes des travailleurs bruxellois font seulement 4,3 kilomètres, une distance tout à fait réalisable à vélo. Par ailleurs, un ménage sur deux ne possède déjà plus de voiture dans la capitale. Et puis, la ville est de plus en plus embouteillée et le vélo est devenu plus efficace que la voiture. Tout simplement mais pas seulement.

2 roues de plus pour 4 en moins

Les distances courtes sont bien adaptées à la mobilité douce et alternative, du vélo à la trottinette en passant par les monoroues, les gyropodes, les skateboards électriques, les hoverboards... “L’implication écologique des citoyens grandit et ils ont envie d’une meilleure qualité de l’air. Un vélo de plus, c’est une voiture de moins et moins de pollution, moins de bruit. Et puis, Bruxelles mène des politiques favorables au vélo depuis des années malgré la situation institutionnelle peu favorable entre la Région et les 19 communes”, souligne Aurélie Willems.

La bicyclette ne fait pas partout recette. De manière très contrastée avec le reste de la Belgique, en Wallonie, les travailleurs à vélo sont moins de 2 %. Le vélo y reste moins pratiqué que la marche à pied pour aller travailler. “Cela évolue un peu dans les villes de Liège, Charleroi, Mons, dans le Brabant wallon. Mais très faiblement. Le gouvernement a investi dans le Ravel mais cela vise surtout le loisir. Il existe pourtant un énorme potentiel, en particulier pour rejoindre les gares”, expose Aurélie Willems. En Wallonie, alors qu’un vélo vendu sur deux aujourd’hui est électrique, l’engouement est bien là. Mais l’utilisation reste marginale.

L’auto plus risquée que le vélo

Le principal obstacle, c’est le manque d’infrastructures. Quand on interroge les Wallons, ce n’est pas le relief, la météo ou même l’effort sportif qui leur font peur. C’est la peur d’être confronté à la vitesse de la circulation. Devoir rouler sur des routes à 90 kilomètres à l’heure sans piste cyclable, été comme hiver, voilà la réalité wallonne. “Les pistes cyclables en Wallonie ne sont pas très sûres. Le vélo, c’est beaucoup plus gai en Flandre”, note Benoit Godart, porte-parole sécurité routière chez Vias. Le Gracq réclame un plan vélo wallon, avec des infrastructures adaptées, pour rattraper ce retard.

La Wallonie investit 11 euros par an et par habitant pour le vélo depuis avril 2019. Avant, c’était à peine 5 euros alors que la Flandre débourse 20 euros par an et habitant et les Pays-Bas 33 euros. “Il y a aussi toute une culture à changer en Wallonie. Il faut éduquer au vélo”, insiste Aurélie Willems. Pro-vélo organise déjà aujourd’hui, et depuis une dizaine d’années, un “brevet du cycliste” en 5e  et 6e  primaires. “On voudrait aussi une sensibilisation en secondaire sur le partage de la route et la sécurité routière.” Il existe encore des projets de “rue scolaire” où l’on sécurise les lieux au moment des entrées et des sorties des enfants. Enfin, même si enfourcher son deux-roues met le cycliste en position de fragilité face aux voitures et camions, la nuance s’impose. “Statistiquement, peu de personnes meurent à vélo”, plaide Aurélie Willems. “On risque plus sa vie en effectuant 150 kilomètres d’autoroute que 3 kilomètres à vélo en ville.

Pour en savoir plus, lisez notre dossier "Mobilité: Faire sauter les bouchons". Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Notre Selection