Bolsonaro muselle la presse, le Brésil sur le chemin de la dictature ?

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L'ancien militaire devenu président livre la guerre aux médias brésiliens. Marié à un Brésilien, le journaliste américain Glenn Greenwald - qui a participé aux révélations de l'affaire Snowden - lui fait de la résistance.

Jair Bolsonaro est du genre rancunier. Mais ça, ça n'étonnera pas grand monde... Mardi, le président brésilien publié un décret qui pourrait porter un coup rude aux finances de la presse écrite du pays sud-américain. "J'ai été élu président malgré les attaques de presque tous les médias, qui m'ont traité de raciste, de fasciste... Avec ce décret, je leur ai rendu la monnaie de leur pièce", a déclaré le chef de l'Etat en marge de l'inauguration d'une usine à Sao Paulo, a rapporté l'AFP.

Si l'ancien militaire a ensuite fait marche arrière en indiquant après coup qu'il ne s'agissait "pas de représailles contre la presse", cette mesure provisoire – à effet immédiat mais dont l'application définitive doit être soumise à l'approbation du parlement - exempte les entreprises cotées en bourse de l'obligation de publier leurs résultats en achetant des espaces publicitaires dans les journaux. L'Association nationale des journalistes au Brésil a affirmé dans un communiqué que cette mesure "va à l'encontre de la transparence des informations exigées par la société". Elle confirme surtout que, à l'instar de Donald Trump avec CNN où le New York Times, Bolsonaro est en guerre ouverte avec les médias traditionnels, notamment TV Globo que le président n'avait pas hésité à qualifier "d'ennemi" au cours de sa campagne électorale.

Aujourd'hui, de nombreux professionnels des médias au Brésil pointent les très nombreuses autocensures de la presse et surtout des médias audiovisuels, très frileux dans leurs critiques de Bolsonaro et qui rechigneraient à dénoncer les dérives du régime. "Je pense qu'on ne vit pas encore sous une dictature mais sous un fantôme de dictature. Il n'y a pas eu de nouvelles lois qui limiteraient, par exemple, la liberté d'expression. Mais il y a des menaces tout le temps", confie un journaliste brésilien à Slate. "La semaine dernière, j'ai compté cinq titres à la une du principal journal brésilien Folha de São Paulo dédiés à Bolsonaro! Cinq! Il est partout. Sa présence médiatique est très intimidante."

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Bolsonaro est omniprésent dans la sphère médiatique, comme ici suite à la victoire du Brésil à la Copa America le 7 juillet dernier. - Crédit : Belga images

En résistance, jusque quand?

Un journaliste en particulier symbolise la lutte pour la liberté de la presse face au régime de plus en plus autoritaire, en place depuis seulement 200 jours : Glenn Greenwald. Mondialement connu depuis qu'il a participé aux révélations de l'affaire Edward Snowden en 2013 (sur les écoutes de la NSA), ce collaborateur américain du journal britannique The Guardian réside aujourd'hui au Brésil où il pilote une antenne de The Intercept, média d'investigation. Greenwald incarne tout ce que l'électorat de Bolsonaro désteste : c'est un journaliste étranger, d'origine juive qui plus est, un militant de gauche pro-Lula et anti-Trump (que Bolsonaro admire), un soldat contre toute forme de surveillance d'État et, enfin, un homosexuel. Le journaliste est marié à un Brésilien avec lequel il élève deux enfants, dans une maison protégée aux allures de bunker, avec des caméras de sécurité, de haut murs encore surélevés de fils de fer barbelés électrifiés et des gardes du corps armés...

Depuis la plateforme The Intercept, plateforme, Greenwald lance aujourd'hui des enquêtes à charge contre la politique de Bolsonaro, aidé par une équipe internationale de journalistes d'investigation. Début juin, le site a mis en ligne une série d'enquêtes d'investigation sur le juge Sérgio Moro qui a fait condamner l'ancien président Lula (aujourd'hui incarcéré), et qu'il accuse d'être lui-même largement corrompu. Une accusation qui n'est pas passée inaperçue : une enquête aurait été ouverte par les autorités pour identifier les sources de Greenwald et une pétition signée par des dizaines de milliers de Brésiliens demande que le journaliste, cible régulière de menaces de mort, soit exilé. Ce serait alors probablement le signe d'une capitulation définitive des médias brésilien face à Bolsonaro, et la voie libre pour l'instauration d'un régime totalitaire.

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Glenn Greenwald (à droite) embrasse son mari avant de prendre la parole face au public à l'Association national des journalistes. - Crédit : Belga images

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