Série

Faut-il avoir peur d’Euphoria?

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La série ado scandaleuse de HBO arrive sur Be tv ce 8 août. Et une seconde saison est annoncée pour 2020.  Après six épisodes, on tire notre bilan.

La première incursion de la chaîne câblée sur le terrain des années collège ne pouvait pas se la jouer Degrassi. Il fallait répondre au 13 Reasons Why de Netflix par du lourd, un mélange de trash et de sociétal. Au harcèlement et au suicide, HBO ajoute la drogue et le sexe, dans le genre cru. Sex, drugs and rap, pourrait-on résumer. Avec des filtres colorés, des nudités, une voix off entre Fight Club et 13 Reasons Why, un montage brusqué actuel, une narration à la première personne, des looks à copier et une structure qui décrit un personnage par épisode, tout en poursuivant l’intrigue principale. Ajoutez aussi l’avertissement psychologique et le rappel final que la drogue c’est mal et que si on a un problème, il faut en parler.

Le pitch

Euphoria se centre sur le personnage de Rue Bennett, 17 ans, tout juste sortie d’une cure de désintoxication (elle restera sobre une dizaine de minutes max dans le premier épisode). Autour d’elle, des teenagers, tous confrontés à leurs émotions, leurs changements physiques, les tentations de l’époque et la difficulté des relations sociales. Il y a Jules, son amie trans. Cassie, jeune fille adorable poursuivie par une sextape. Nate, l’inévitable pilier de l’équipe de foot, beau gosse, mais rongé de doutes et de violence. Kat, qui découvre la sexualité online et monnaie ses exhibitions. Frez, le dealer au cœur tendre… Au milieu, nagent quelques parents. Éric Dane, le Dr Sloan de Grey’s Anatomy, y choque d’ailleurs en père cachottier, qui fixe des rendez-vous dans des motels pour… Vous verrez. On note que dans ce fameux motel, l’acteur apparaît en nu frontal, sexe en érection, enfilant un préservatif. Une prothèse, insiste la production.

Une équipe en béton

Le concept vient de la minisérie israélienne éponyme de 2012-2013. Celle-ci, basée sur une histoire vraie, traitait d’un groupe d’ados durant les nineties. La version US se passe à notre époque. Aux commandes de la création et de la réalisation (pour cinq épisodes), l’on trouve Sam Levinson (fils de Barry), réalisateur d’Assassination Nation, qui montrait déjà des jeunes femmes plutôt badass. Les showrunners de la première mouture, Ron Leshem et Daphna Levin, ont participé à l’adaptation. À la production on note Drake. Dès lors, la playlist de chaque épisode suffirait à remplir un CD. On passe de Beyoncé à Skrillex, d’Agnes Obel à A$AP, de Madonna à Billie Eilish, sans oublier Drake lui-même.

© ProdHunter Schafer et Zendaya © Prod

Dans le premier rôle, Zendaya sort du “girlfriend ghetto” où ses apparitions dans Spider-Man risquaient de l’enfermer. Ancienne pupille Disney, elle casse ici son image, comme Vanessa Hudgens et Selena Gomez l’avaient fait dans Spring Break (film d’ado provoc cousin d’Euphoria). Zendaya incarne cette nouvelle génération qui en veut. On l’a vue refuser Storm dans les X-Men car le rôle était mineur et sans grand intérêt, elle n’a accepté Rue que parce qu’elle était plus complexe qu’une simple adolescente tourmentée. Elle lui donne corps avec force et finesse. À ses côtés, l’on retrouve Hunter Schafer. Classée en 2017 parmi les 21 filles qui changent le monde par Teen Vogue, Hunter est mannequin et activiste queer. Son genre sera dévoilé par la série, via des scènes en sous-vêtements, mais pas mis en avant ni débattu.

Le spectateur-voyeur en a pour son argent, entre les seins, les images de pornos incrustées, les gros plans de bikinis dans les piscines… Pourtant, quelque chose a changé depuis Les lois de l’attraction des années 2000. Ici, la masculinité toxique est mise à mal. Une jeune femme dénonce contre la grossophobieL’empowerment au féminin en action. Apparence? Les scènes de violence restent présentes et l’on voit aussi, et c’est dommage, des jeunes filles utiliser les arguments du viol ou du black-out en mensonge. Un constat ambivalent. Cela vaut aussi pour les scènes de drogue. D’un côté, Rue a manqué mourir, l’avertissement est clair… Mais le bonheur, les instants de pause et de bien-être, c’est toujours dans les pilules qu’elle les trouve (l’amour viendra en numéro 2). Les parents y voient forcément une tentation pour leurs mômes à succomber aux paradis artificiels. Ils ont oublié leur propre fascination pour Trainspotting, Christiane F., Skins, Angela 15 ans et autres… auxquels ils ont survécu.

Euphoria, Saison 1, Inédit, jeudi 8 août, BE 1, 20h30.

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