Sur RTL, des touristes aux vacances "gâchées" par des corps de migrants

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La chaîne privée a livré une séquence indécente au sujet du naufrage d'un canot parti de Libye, qui a fait plus de 80 morts. Le CSA a été saisi de nombreuses et a ouvert un dossier ce mardi.

Cet article a été initialement publié le 15/07/2019 et mis à jour le 16/07/2019.

« Un début de vacances raté pour Charlotte. La Liégeoise venait d'arriver à Zarzis, en Tunisie, et elle a découvert un cadavre sur la plage. » Voici comment la présentatrice de RTL Info, Salima Belabbas, a ouvert une séquence consacrée au tragique naufrage d'une embarcation partie de Libye, qui comptait 86 personnes à son bord. Seules 3 ont pu être sauvées. Un traitement extrêmement déplacé, qui semble totalement déconnecté de la réalité, face à l'ampleur de cette catastrophe. Rappelons que près de 600 personnes sont mortes depuis le début de l'année en tentant de rejoindre l'Europe. Des vies perdues. Des familles détruites. Pourtant RTL TVI choisi de continuer son sujet sans le moindre état d'âme pour les victimes « Plusieurs touristes s’inquiètent et demandent de pouvoir au moins changer d'hôtel. Une quarantaine de corps de migrants ont été repêchés par les gardes-côtes. »

Une indécence soulignée par de nombreux téléspectateurs, choqués par l'angle choisi par la rédaction de RTL TVI. Notamment Gaëlle, qui s'est exprimée avec beaucoup d'ironie à ce sujet sur Twitter « Wow c'est tout de même dingue que le pauvre petit belge ne soit plus en mesure de faire bronzette sur la plage à cause de ces sangsues de migrants qui polluent la plage à coup de cadavres!!! INADMISSIBLE. » Ou encore Gérard, qui souligne « Je suis fier d'être belge quand une chaîne de TV comme RTL info nous propose une séquence émotion d'une pauvre touriste traumatisée par qu'elle a été confrontée sur la plage de ses précieuses vacances, aux cadavres... » Contacté par nos confrères d'Ilico, le porte-parole de RTL TVI, Christopher Barzal, réagit "Le point de départ du sujet d’1min30 diffusé à 13h vendredi dernier portait sur le cas d’une touriste belge qui a été confrontée à la découverte d’un corps sur la plage. Nous faisons état de ce fait relayé le matin-même par nos confrères de Sudpresse avant d’évoquer le cas de ce bateau transportant 86 migrants à son bord, en provenance de Lybie et échoué ensuite. Dans le même sujet, nous évoquons que 3 personnes ont été sauvées de la noyade."

« Au total, ce sont 8 touristes qui, choqués, ont contacté leur tour opérateur. » La séquence poursuit encore plus loin dans l'absurde avec l'interview de la porte-parole de l'agence de voyage TUI. Et encore une fois, il n'est pas question d'aborder le sort des migrants et le drame humain qui vient de se produire, mais bien le changement des hôtels des touristes. « Nous comprenons évidemment que ces vacanciers aient été choqués. Ce n'est pas ce qu'on imagine quand on réserve des vacances. »

Si la thématique de l'immigration occupe une place de plus en plus importante dans les médias, notamment depuis la crise migratoire de 2015, (et malgré la loi du "mort-kilométrique") il est difficilement compréhensible que de tels désastres soient aujourd'hui abordés avec autant d'indifférence. Mais qu'a-t-on fait de notre compassion ?

Atteinte à la dignité humaine : le CSA ouvre un dossier

Le Secrétariat d’instruction du CSA a été saisi de nombreuses plaintes à l’issue de la diffusion du reportage. Celles-ci dénoncent une potentielle atteinte à la dignité humaine des personnes migrantes. Elles questionnent également le traitement de l’information dans la séquence, qui aurait pour effet de "déshumaniser ces personnes", a annoncé le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel dans un communiqué.

Le Secrétariat d’instruction a donc décidé d’ouvrir un dossier d’instruction, selon la procédure dite "conjointe" prévue avec le Conseil de déontologie journalistique (CDJ). En vertu de celle-ci, le CDJ sera amené à remettre un avis au CSA sur le respect des codes de déontologie journalistique. Cet avis doit être remis dans un délai de 90 jours prolongeable une fois. Ensuite, le CSA se prononcera sur une éventuelle atteinte au droit de l’audiovisuel.

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