Revival

Cinq grands moments du festival de Woodstock

Il devait être payant, la foule forcera les organisateurs à le rendre gratuit. Il devait durer trois jours, les groupes joueront jusqu'au matin du quatrième. Entre le 15 et le 18 août 1969, quelque chose s'est passé à Woodstock - la fin de l'utopie hippie et le début du business du rock.

Joan Baez - Joe Hill

Passionaria du protest song, bienfaitrice de Bob Dylan et emblème d'un folk engagé, Joan Baez conclut la première journée du festival de Woodstock, le vendredi 15 juin 1969 avec un concert qui se termine à deux heures du matin. Sur sa set list, on trouve Joe Hill, hommage à un syndicaliste accusé de meurtre et exécuté après un procès controversé, devenu un symbole de la lutte contestataire qui animait - et continue d'animer - la chanteuse. Seule avec sa guitare, elle donne une leçon où résonne l'écho de la tradition américaine conjuguée à un propos politique très dans l'air du temps.

Jefferson Airplane - White Rabbit

Le set de Jefferson Airplane touche à sa fin, le soleil brille, c'est le matin, lorsque retentit - beau moment - la fameuse intro inquiétante de White Rabbit, chanson psychédélique exemplaire qui compare Alice au pays des merveilles à une prise de drogues... La chanson a été écrite et composée par Grace Slick qui en donne ici une version parfaite, menée par une voix de pythie rock dont le phrasé influencera bien des filles de la génération suivante. Le titre vivra une deuxième vie en 1986 sur le soundtrack de Platoon, film sur le Vietnam d'Oliver Stone.  

Crosby, Stills & Nash - Marrakesh Express / Blackbird

Dans la nuit du dimanche 18 juin, il est trois heures du matin quand Crosby, Stills & Nash prennent la scène, emportant avec eux les spectateurs de Woodstock vers des horizons dignes des plus belles rêveries hippies. Exemple avec ce sublime Marrakesh Express, composition de Graham Nash et récit autobiographique d'un voyage au Maroc. Du folk stimulant où les trois musiciens chanteurs exhibent leur science vocale des harmonies.  Suit une reprise des Beatles (absents, comme les Stones,  à Woodstock) prise en charge, en lead, par un Stephen Stills dont la voix sent bon le whiskjy et le feu de bois.

Janis Joplin - Ball And Chain

On dit que la queen du blues psyché n'était pas au meilleur de sa fome lorsqu'elle débarque à Woodstock et découvre la foule qui la met dans un état de panique. Sa performance ne sera d'ailleurs pas reprise sur le fameux triple album témoin de l'événement...  Dans la nuit du samedi au dimanche, elle monte sur scène, chargée (le cocktail alcool-héroïne l'aurait aidé à affronter la preuve) et propose un concert qui se termine par ce corps à corps avec elle-même, version fracassante d'un standard du blues conclue par un a-capella supplicié.

Jimi Hendrix - Star Spangled Banner / Purple Haze

L'artiste le mieux payé du festival (18.000 dollars pour le concert et 12.000 pour l'exploitation des images tournées qui serviront au film) a eu l'honneur de clore l'événement. Au petit matin du lundi 18 juin, Hendrix joue devant un public clairsemé et fatigué, mais la performance est légendaire et ceux qui y ont assistée savent qu'ils ont vu - et entendu - un morceau de l'histoire du rock. Tombée dans le domaine des classiques improvisés, sa version électrique et torturée de l'hymne américain (Star Spangled Banner) met en scène le désastre et l'implosion des bombes lancées au Vietnam. Une démonstration acide d'une dextérité jubilatoire qui sert d'amorce à Purple Haze, grand moment sexy du festival qui pourtant s'achève dans une plaine dévastée, un lundi matin pas comme les autres.

Retrouvez le dossier complet sur l'année 1969 avec l'interview de Michka Assayas sur Woodstock dans le Moustique de cette semaine.

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