Accidents de circulation : comment améliorer la sécurité des enfants aux abords des écoles?

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Trois accidents impliquant des enfants en quelques semaines à Schaerbeek et une question : faut-il revoir les normes de sécurité routière aux abords des écoles?

Hier, un enfant, âgé de moins de 10 ans, a été renversé par un automobiliste devant l’école n°2 à Schaerbeek, rue Gallait. L’enfant ne présentait pas de blessure apparente, mais il a été emmené à l’hôpital pour être examiné par sécurité. Quant au conducteur, il a dû se soumettre à un test d’alcoolémie qui s’est révélé négatif, a précisé la police de Bruxelles-Nord. Une enquête va devoir maintenant être menée pour déterminer dans quelles circonstances l’accident a eu lieu.

C’est la troisième fois en quelques jours qu’un accident de la circulation impliquant un enfant a lieu à Schaerbeek. Le 5 juin dernier, un enfant de 6 ans avait été renversé rue Dupont par un automobiliste qui avait pris la fuite. Il n’avait pas été blessé. Et le 13 juin, c’est une adolescente de 14 ans qui avait été fauchée par une voiture au croisement entre la chaussée de Helmet et la rue Waelhem. Elle avait été hospitalisée dans un état critique mais il s’était ensuite stabilisé.

Il ne faut pas hâtivement tirer de conclusion, mais on peut se demander si la sécurité aux abords des établissement est encore optimale, ou s’il ne faut pas innover. Certains ne manquent d’ailleurs pas d’idées (saugrenues). Ainsi, pour soutenir la jeune fille renversée et sa famille, l'agence de communication Mortierbrigade – voisine des lieux de l'accident – a fait installer une immense image montrant des prostituées alanguies en vitrine, seule façon pour les responsables de cette installation de faire ralentir les chauffards. “Voici comment faire ralentir les hommes. Testé et approuvé dans la rue d’Aerschot”, annonce l’affiche, citant l’artère la plus connue des "bars à filles" de Bruxelles.

Une bonne intention mais une appréciation légère du statut des travailleuses du sexe. L’échevine de l’Égalité des genres et des chances de Schaerbeek, Sihame Haddioui (Écolo) a d’ailleurs réagi, soulignant le mauvais goût et le sexisme de cette campagne improvisée. Rappelons en outre, que l’incident s’est produit près d’une école ! Ce jeudi, le collectif 1030/0 a organisé une action de "lie in" en se couchant à terre au niveau du carrefour durant quelques instants. La centaine de participants arboraient tous un pansement sur la tête, des bandages de toutes les couleurs aux bras et aux jambes. Une façon de symboliser les victimes tombées sur la route à cet endroit et ailleurs à Schaerbeek. Message : “C’est moi, le prochain?”

Des "rues scolaires sans-voiture", la solution ?

Depuis le mois de juin 2018, des "rues scolaires" (dont l’accès est bloqué aux voitures aux heures d’entrée et de sortie des écoles) sont testées en divers endroits de la région bruxelloise. L’initiative fait suite l'action "Mon air, mon école" de Greenpeace, qui avait analysé l'air de 222 portes d'entrée d'écoles. Les résultats étaient inquiétants et certains établissements ont décidé, après concertations avec les autorités communales, de fermer la rue aux voitures.

Outre l'environnement, les responsables constatent qu'une rue sans voitures est meilleure pour la sécurité. "Il y a une quinzaine de projets de rues scolaires à Bruxelles qui en sont à différents stades phase de tests. C’est une idée qui rentre petit à petit dans les mœurs au niveau des écoles", explique Camille Thiry, porte-parole de Bruxelles-Mobilité. "Soit on met un dispositif libre géré par l'école avec des barrières nadar ou autre, soit on peut mettre des potelets mobiles qui s'ouvrent ou qui descendent. Souvent, les systèmes sont gérés par les écoles elles-mêmes ou par des stewards communaux, ou bien par la police. Seuls les riverains peuvent circuler dans la rue aux heures déterminées. On évite donc le trafic de transit dans la rue, c'est intéressant ne fut-ce que pour le sentiment subjectif de sécurité et de confiance des parents qui laissent aller plus facilement leur enfant à pied jusqu'à l'école.

"Ne pas déplacer le problème"

Pour l’heure, aucun chiffre ni statistique ne permet d’affirmer si ces rues scolaires augmentent effectivement la sécurité des enfants et s’il s’agit d’une solution pérenne pour l’avenir. "Ce n'est pas possible à quantifier mais ça fonctionne bien", reprend Camille Thiry. "En termes de sentiment de sécurité, c'est une solution qui peut apporter beaucoup tant pour les parents que pour les élèves, et qui est mobilisatrice pour l'école et le quartier. Il faut évidemment éviter d'avoir un report de la zone à risque et donc qu'en dehors de la rue scolaire qui est fermée au trafic, on ait des parents qui font n'importe quoi pour déposer leur enfant, en faisant des demi-tours. Il ne faut pas déplacer le problème.

La porte-parole rappelle cependant que problématique de la sécurité des enfants sur le trajet "domicile-école". L’Institut Vias (anciennement IBSR) a passé au crible près de 2300 accidents impliquant des enfants sur le trajet scolaire. Il est ressorti de cette étude que la zone à proximité immédiate des établissements (zone 30) est globalement sécurisée puisqu'on y recense seulement 5% des accidents. La proximité immédiate des écoles est donc sûre, mais 75% des enfants accidentés l’ont été dans une zone périphérique ompris entre la zone 30 et 300 m autour des établissements scolaires. Un résultat pourrait s’expliquer par une baisse de la vigilance des usagers de la route malgré une densité d’enfants encore importante.

Pas sûr que des images de prostituées placardées dans les environs aideront les automobilistes à davantage se concentrer sur la route… 

Pixabay

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