Dissolution du Parti Populaire : extrême droite, l'exception wallonne ?

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Alors que partout en Europe et plus que jamais en Flandre, les partis populistes prolifèrent, la Wallonie fait figure d'exception. Sommes-nous, Belges francophones, immunisés contre l'extrême-droite ?

Il suffirait d'un leader charismatique et le bruit des bottes résonnerait en nos terres. Manifestement ce n'était pas le cas pour Michaël Modrikamen. Le Parti Populaire annonce sa dissolution définitive. Sympathisants et membres se réuniront une dernière fois ce dimanche. Derrière cet échec – après neuf années d'existence – la question de l'inexistence de l'extrême-droite en Wallonie et à Bruxelles se pose.

Comme épitaphe à son retrait, le président du Parti Populaire signe une réplique pleine de rancoeur, une attaque cinglante du cordon sanitaire bien en place et de manière exceptionnelle en Belgique francophone. "Je n’entends plus cautionner un système anti-démocratique qui a systématiquement exclu le Parti Populaire du débat politique et médiatique. Une telle attitude n’existe qu’en Belgique francophone ", écrit Modrikamen.

Cordon sanitaire salutaire?

Si les micro des médias traditionnels avaient été ouverts aux débuts du PP, ils se sont éteints lorsque ce dernier s'est révélé ouvertement xénophobe. Pourtant, les partis d'extrême-droite - on le voit aujourd'hui avec le succès du Vlaams Belang grâce à Facebook - bénéficient aujourd'hui des réseaux sociaux. La possibilité de faire proliférer les messages politiques sur les réseaux sociaux rend moins cruciale une présence médiatique traditionnelle. Elle compte encore cependant, ne serait-ce qu'en termes de caution morale et de référencement. On notera aussi au passage que le PP bénéficiait de surcroît d'un journal – Le Peuple – dont Modrikamem vante les mérites et qui rassemble pas moins de 80.000 abonnés. Le support continuera d'ailleurs de paraître.

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Ce rejet des médias traditionnels sera, selon les prédictions du président du PP, "une des causes de la séparation du pays et du déclin de la Wallonie et Bruxelles." Modrikamem laisserait-il ainsi entendre qu'il aurait fallu un pendant francophone au Vlaams Belang pour tenir uni le pays ? Fumisterie. Par contre, une des raisons principales probable d'une extrême-droite qui ne prend pas chez nous est certainement l'absence de sentiment nationaliste wallon. Cela pourrait changer à la faveur de la situation politique actuelle, des velléités répétées venues de Flandre et d'une pauvreté accrue en raison d'une régionalisation toujours plus poussée. La plupart des partis d'extrême-droite ancrent leurs idées nauséabondes dans un nationalisme exacerbé, un sentiment identitaire.

Qui dit chance dit risque

En attendant, des groupuscules activistes et nationalistes existent bien chez nous. Ils sont très actifs sur les réseaux sociaux et présents sur les campus universitaires. Mais rien à faire. Depuis la fin de la seconde guerre, cette extrême-droite ne se concrétise pas en termes de résultats électoraux. Et cela tient pour une grande part du hasard et de la chance. L'échec du PP n'éteint cependant nullement tout risque de voir un parti aux idées racistes un jour grandir électoralement en Belgique francophone. Qui dit chance dit risque...

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