La question qui fâche : faut-il se résoudre au confédéralisme ?

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Une Flandre (très) à droite et des francophones (très) à gauche, pour de nombreux observateurs la formation d'un gouvernement fédéral est une mission impossible. Dans un futur proche ou lointain, une nouvelle réforme de l’État semble inéluctable.

Deuxième round de consultations ce mardi pour le Roi Philippe. Le souverain a déjà rencontré hier le Premier Ministre Charles Michel, Bart De Wever et Elio Di Rupo. Ce dernier évoquait lundi soir sur le plateau de la RTBF la possibilité de former un gouvernement sans majorité du côté flamand. "Je crois qu'à terme, ce sera la solution. Mais la question est de savoir si l'Open Vld, le CD&V, Groen et le sp.a auront, à un moment donné, la force et la volonté politique de faire partie d'un gouvernement fédéral sans majorité flamande au parlement" » a déclaré le président du PS.

Du côté de la N-VA, on rejette fermement – et logiquement - cette hypothèse. Invité ce mardi matin dans l'émission De Ochtend sur la VRT, Theo Francken a réagi en disant que si l'on en arrive là, "nous mettrons le confédéralisme sur la table. Si, de l'autre côté de la frontière linguistique, ils veulent un projet écolo-communiste, ils doivent y aller mais ce sera pour leur propre compte", a affirmé l'ancien secrétaire d’État. Il ne restera alors de la Belgique plus que le nom, le drapeau et la maison royale.

"La pire des choses à faire

Près de la moitié des Flamands (47%) qui ont voté dimanche ont donné leur voix à un parti de droite nationaliste. Pour 65% de la population flamande, le cordon sanitaire à l'égard du Vlaams Belang peut même être rompu, ressort-il d'un sondage effectué au lendemain des élections pour le compte du quotidien Het Laatste Nieuws et de VTM Nieuws. Ils sont en outre quatre sur dix à penser que la formation d'extrême droite doit pouvoir co-gérer...

On peut ne pas être d'accord avec Bart de Wever qui à l'issue des résultats déclarait "en démocratie les électeurs, ont toujours raison". Mais il faut accepter la réalité : le Flandre a voté à droite, majoritairement pour des partis de droite, indépendantiste et anti-immigration. Ignorer la voix du nord et former un gouvernement fédéral sans ses représentants comme la suggéré Di Rupo est une chimère. "Les électeurs flamands ont fait un autre choix que les francophones. Que la Wallonie dise aujourd'hui à la Flandre comment elle doit agir, c'est la pire des choses à faire", a justement déclaré l'ancien Premier Ministre Yves Leterme (CD&V), lui aussi invité dans De Ochtend.

À défaut de pouvoir contourner des nationalistes démocratiquement incontournables, les francophones doivent (oser) se poser une question délicate : ont-ils encore envie de former qu'un avec cette Flandre qui se radicalise ? Faut-il rester marier pour le meilleur et - en l’occurrence - pour le pire ou évoluer vers le confédéralisme en âme et conscience ?

L'incontestable constat de nos différences

Sans cautionner le vote du nord du pays, on peut essayer de le comprendre. Dans une région prospère qui a atteint le plein emploi, la gestion du sud agace. Le fait que des partis proposent dans leur programme la gratuité de certains services (transports en commun, consultations chez le médecin,...) dans une région en difficulté économique relève de l'utopie, voire de la folie.

D'un point de vue société ensuite, les francophones sont accusés d'une gouvernance irresponsable en matière d'immigration (et qui a poussé la N-VA qui "prône une politique migratoire organisée" à claquer la porte du gouvernement Michel en décembre dernier). Serions-nous trop laxistes ? Difficile d'y croire quand on observe les chiffres des demandes d'asile dans notre pays comparés à d'autres voisins européens. Mais contrairement à la Flandre, l'identité wallonne-francophone (existe-elle seulement?) n'apparaît pas en danger au regard de la population. Dans le sondage du Laatste Nieuws et de VTM. les électeurs du Vlaams Belang ont été interrogés sur leur motivation du choix de la formation d'extrême droite. La problématique de l'asile et de la migration a été évoquée le plus souvent, devant le mécontentement à l'égard des partis classiques et la politique gouvernementale.

"Brexit flamand"

N'oublions toutefois pas qu'un tiers (31%) des Flamands interrogées par le même sondage pensent que le cordon sanitaire doit être maintenu et quatre personnes sur dix pensent qu'il n'est pas souhaitable de laisser le Vlaams Belang aux commandes de la gestion des affaires publiques. Ce sont probablement les avis des habitants des grandes villes, plus diplômés. À Gand, Groen arrive premier avec 20,7%, devant la N-VA (16,2%) et un Vlaams Belang (12,1%) talonné par le PTB (11,3%). À Louvain, les écologistes flamands domine avec 24%, suivi de la N-VA (22,3%) et très loin du VB (6,9%). Match très serré dans le bastion chrétien-démocrate de Bruges (dont la commune s'étend sur une grande zone rurale), qui a préféré le CD&V (17,6%) devant la N-VA (17,6%), le VB (17,2%) et Groen (16,2%). Anvers, foyer du nationalisme flamand depuis un siècle, est un cas à part... La N-VA (29%) arrive loin devant Groen (deuxième tout de même avec 18 %), le Vlaams Belang (14 %) et le PTB (12 %). Dans la plus grande ville de Flandre, aucun des trois partis traditionnels (CD&V, sp.a et Open-vld) ne passe le seuil des 10% !

La cité portuaire mise à part, les résultats électoraux au nord du pays illustrent un contraste politique entre la Flandre urbaine et la Flandre des petites villes et des villages. Une situation globalement observée partout dans le monde occidental depuis le Brexit (qui avait révélé une véritable fracture de la société britannique), mais pas en Belgique francophone...

Jeunesse divisée

Plus étonnant – et inquiétant -, la xénophobie a dirigé le vote d'une partie de la jeunesse flamande. Près de 700.000 jeunes se rendaient aux urnes pour la première fois dimanche et les analystes estiment qu'ils ont fait la différence, bouleversant les équilibres au sud, surtout au nord du pays où séduits par un parti d'extrême droite qui a rajeuni ses cadres et une campagne massive sur les réseaux sociaux. Thème de prédilection ? La migration évidemment.

"Dans les débats d'écoles ou j’étais modérateur, en Flandre Orientale et Occidentale, le Vlaams Belang obtenait des scores compris entre 20 et 40%, tandis que le représentant N-VA de service devait se débrouiller avec quelque 15%" a réagi au lendemain des élections le journaliste de la VRT Johny Vansevenant. Les opinions et positions politiques peuvent évoluer au fur à mesure qu'un individu gagne en maturité. Mais cette jeunesse belge que l'on pensait à tort unifiée autour du climat - comme en Wallonie et à Bruxelles – est peut-être le symbole d'un mariage impossible entre les deux régions. Si celles et ceux qui feront le futur du pays s'engagent déjà dans des voies politiques opposées, peut-on encore vraiment imaginer un avenir commun ?

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