Jean-Marc Nollet: "Il va falloir trouver une formule jamais vue"

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Les Verts ont les yeux qui brillent. Mais ils ne réaliseront leur rêve que dans un gouvernement sans nationalistes. Réaliste? Pour le coprésident d’Écolo, ces élections n’ont pas sonné la fin du pays.

Il vide son sac. Un grand sac à dos vert qui ne le quitte pas. “Je n’ai rien à vous cacher, sourit Jean-Marc Nollet. Sinon ce qui est écrit dans ces carnets, peut-être.” Il s’avachit dans le fauteuil du petit salon confiné du Parlement fédéral, tape un long texto, laisse filer une grimace qui pourrait être un bâillement. On lui dit qu’il a l’air épuisé. Il se redresse, posture de combat, yeux qui lancent des flammes. Il n’a dormi qu’une heure et quart la nuit des élections, avoue-t-il. Le temps d’être partout sur les plateaux télé et de lever un verre de fête. Mais il est aux aguets, prêt à réagir et à agir dans les heures, les jours, les semaines à venir. 

Les élections se sont passées moins bien que prévu pour Écolo... 

Jean-Marc Nollet - Elles se sont très bien passées. Les sondeurs peuvent être déçus, peut-être. Mais Écolo peut être content. Et je suis très content. On va être 45 députés au total, toutes élections confondues. Un groupe paritaire, 24 hommes et 22 femmes. On a un résultat qui est la traduction de ce qu’on sentait à travers les mobilisations citoyennes et de ce qu’on espérait, parce que l’urgence climatique et environnementale est bien présente. À la conjonction de ces deux éléments, on retrouve un des meilleurs résultats qu’Écolo ait jamais eus.

Pourtant vous n’êtes pas la première famille politique. Et vous n’avez pas la main... 

On peut toujours faire mieux. Mais c’est ce qui s’est passé en Flandre qui nous empêche d’être la première famille politique. Le résultat de Groen n’est pas le même que le nôtre à cause de la percée du Vlaams Belang. 

Le vote Écolo est clairement progressiste? 

C’est un vote clairement positif, plein d’espoirs, tourné vers les solutions plutôt qu’un vote identitaire, fermé, racrapoté qui est exclusif et qui rejette les autres. Écolo est un vote d’adhésion. En cela, il est solide. On l’avait perçu aux élections communales. Ce socle va maintenant pouvoir être encore plus solide grâce à la présence dans les parlements. 

Le vote Belang serait tout le contraire? 

C’est un vote de rejet, de bouc émissaire, qui serait le francophone, le rejet de celui qui n’est pas dans les normes et qui n’a pas la capacité financière de subvenir à son existence, etc. C’est tout l’opposé du vote des écologistes. En Europe, on voit deux courants monter, en Allemagne, en France, en Belgique. Et en face, on a le courant réactionnaire, fermé, populiste, nationaliste, des Salvini, Orban, Kaczyński... Maintenant, il transpire aussi en Flandre. 

Est-ce que ce n’est pas aussi l’écologisme et le fait de devoir changer de modèle de société qui fait peur?

Je ne crois pas un seul instant aux vases communicants entre un vote potentiellement Écolo et le lendemain un vote pour le Belang. Je pense que l’entreprise que certains partis traditionnels ont essayé de mener à l’encontre des écologistes dans le cadre de cette campagne dessert les écologistes mais ne profite pas directement au Belang. 

© Geert Van de Velde © Geert Van de Velde

Aujourd’hui, on est devant la difficulté de devoir former des gouvernements et en particulier un gouvernement fédéral... 

Ça va être complexe. Je n’aimerais pas être à la place du roi Philippe. La situation est mathématiquement et politiquement complexe. La N-VA est en capacité de tout bloquer au fédéral par l’action qu’elle peut avoir au niveau du gouvernement flamand. Mais si on regarde les chiffres, il y a toujours moyen de la contourner. Il faudra faire preuve de courage, d’originalité. 

En faisant un gouvernement qui représenterait une minorité de Flamands? 

De toute façon on devra trouver une formule jamais vue. J’ose espérer que ce ne sera pas l’aventure N-VA et Vlaams Belang. Mais de toute façon, ce sera particulier. 

Qu’est-ce que vous défendrez en priorité? 

Le climat. La transition écologique. Ce que les jeunes ont demandé et ce que la planète impose. Cette transition doit aussi avoir un volet solidaire. Nous allons aller le plus loin possible en choisissant le partenaire qui va le plus loin possible sur ces revendications. 

Quelle est votre préférence?

La seule, c’est Groen. Le reste, on verra. 

Cela pourrait passer par une fin du pays? 

Non. Notre projet écologiste n’a aucune accointance avec ceux qui veulent mettre fin au pays. 

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